lundi 14 juin 2021

Vaccination des adolescents : un feu vert trop rapide ?

Depuis le 31 mai, tous les adultes de plus de 18 ans, sans conditions, peuvent se faire vacciner. Prochaine étape : la vaccination des adolescents. Initialement envisagée à la rentrée, Emmanuel Macron a lui-même annoncé que les jeunes de 12 à 18 ans pourront se faire vacciner contre le Covid-19 à partir du 15 juin.

Concrètement comment se va-t-il se passer ? « Le 15 juin peut être la date de première injection », avec le vaccin Pfizer en centre de vaccination, a précisé Olivier Véran. La vaccination se fera « sur la base du volontariat avec l’accord des parents », a également indiqué le ministre de la Santé. « Nous avons tous les feux verts des autorités sanitaires ».

L’enjeu : augmenter la couverture vaccinale pour s’approcher de l’immunité collective. Protéger les plus jeunes deviendrait alors stratégique pour limiter la diffusion du coronavirus vers les plus fragiles.

Le 28 mai dernier, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a autorisé l’utilisation du vaccin Pfizer-BioNTech chez les adolescents de 12 à 15 ans. Ce 3 juin, la HAS recommande de « vacciner très rapidement les adolescents (12-15 ans) qui présentent une comorbidité ou dans l’entourage de personnes immunodéprimées, PUIS de vacciner les adolescents en bonne santé dès lors que la vaccination de la population adulte sera suffisamment avancée. »

Rappelons que les jeunes de 16 et 17 ans souffrant d’une « pathologie à haut risque de forme grave » de Covid-19 sont déjà autorisés à se faire vacciner avec le vaccin Pfizer-BioNTech en centre de vaccination. En effet, le vaccin dispose déjà d’une autorisation de mise sur le marché pour chez les plus de 16 ans.

L’avis mesuré du Conseil consultatif d’éthique

« Y a-t-il une urgence absolue à commencer la vaccination dès maintenant, alors que plusieurs indicateurs sont au vert et que la rentrée scolaire de septembre pourrait signer le début de la campagne ? », se demande le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui regrette – dans publié ce 8 juin– des décisions prises « rapidement ».

Le conseil estime que le bénéfice individuel est « limité » du point de vue de la santé physique, les formes graves de l’infection étant très rares chez les moins de 18 ans. Mais en revanche, justifié du point de vue de la santé psychologique, les apprentissage ayant subi de plein fouet les restrictions imposées à l’ensemble de la population.

Autre point avancé : le manque de recul sur la sécurité du vaccin pour cette tranche d’âge. Le CCNE remarque qu’avant 16 ans, aucune donnée n’est actuellement disponible sur la sécurité du vaccin.

Alors qu’il s’avère peu probable que l’immunité collective soit atteinte par la seule vaccination des adultes, plusieurs questions éthiques sont dès lors posées, souligne cet avis : « Est-il éthique de faire porter aux mineurs la responsabilité, en termes de bénéfice collectif, du refus de la vaccination (ou de la difficulté d’y accéder) d’une partie de la population adulte ? N’y a-t-il pas une sorte d’incitation à la vaccination pour retrouver liberté et retour à la vie normale ? Quel risque de stigmatisation pour les adolescents qui ne souhaiteraient pas y avoir recours ? »

Le CCNE souligne qu’une information adaptée (sur la balance bénéfices-risques, les incertitudes, les alternatives à la vaccination …) ainsi que le consentement doivent être au cœur de la démarche, tant pour ceux détenant l’autorité parentale que pour les adolescents.

En outre, il préconise d’attendre quelques semaines pour disposer de données scientifiques sur un plus large échantillon et recommande un suivi de pharmacovigilance sur le moyen et long terme chez les adolescents vaccinés. Enfin, le comité considère que la stratégie « Tester, tracer, isoler » doit être optimisée chez les mineurs afin qu’elle soit éventuellement envisagée comme une stratégie alternative à la vaccination.

Efficacité et sécurité du vaccin Pfizer chez les ados : ce que l’on sait

Les effets du vaccin Comirnaty ont été étudiés chez un peu plus de 2 200 enfants entre 12 et 15 ans, précise le communiqué de presse de l’EMA. L’essai clinique montre que « la réponse immunitaire est comparable à celle observée chez les 16-25 ans ». Les enfants ont reçu soit le vaccin, soit un placebo, en double aveugle (sans savoir ce qu’ils avaient reçu). Résultat : sur les 1 005 enfants recevant le vaccin, aucun n’a développé un Covid, comparé à 16 enfants sur les 978 qui ont reçu le placebo. Cela signifie que le vaccin était efficace à 100% pour prévenir le Covid-19.

Les effets secondaires ont également été étudiés au cours de cette étude. Les plus courants étaient les mêmes que ceux des plus de 16 ans, à savoir : douleur sur le site d’injection, courbatures, maux de tête, fièvre. Ils étaient légers et de courte durée.

Les experts restent néanmoins prudents en raison du manque de recul (55 jours d’étude) et de la petite taille de la cohorte. L’EMA souligne : « en raison du nombre limité d’enfants inclus, aucun effet secondaire rare n’a été détecté ». Et précise que le comité de sécurité PRAC de l’EMA évalue actuellement de très rares cas de myocardite et de péricardite survenus après la vaccination avec le vaccin Pfizer, principalement chez des individus de moins de 30 ans. Néanmoins, pour l’heure, « rien n’indique que ces cas soient dus au vaccin. »

Conclusion, malgré cette incertitude, l’EMA estime que les bénéfices du vaccin pour les 12-15 ans l’emportent sur les risques, en particulier pour les enfants présentant des pathologies qui augmenteraient le risque de Covid-19 sévère.

Pour quel(s) bénéfice(s) ?

Si l’on considère le bénéfice individuel, il est en effet limité pour la simple et bonne raison que les enfants ne sont pas à risque de forme grave. Depuis mars 2020, 6 enfants de moins de 14 ans sont décédés, tous souffraient d’une pathologie à risque de forme sévère du Covid, selon Santé Publique France. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a par ailleurs notifié 98 décès sur 1,1 million de cas chez les 10-19 ans.

Toutefois, le syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique (PIMS), une complication grave du Covid, a touché 563 enfants entre le 1er mars 2020 et le 23 mai 2021, pointe Santé Publique France dans son dernier rapport hebdomdaire. Cela dit, cela représente en France, 33,8 cas par million d’habitants chez les moins de 18 ans. Même si ces cas sont rares, la vaccination pourrait donc les éviter.

Autre bénéfice de la vaccination avancé notamment par l’Académie de médecine : le retour à un fonctionnement normal des collèges et lycées.

La Haute autorité de santé estime que le bénéfice individuel est suffisant car « même si elles sont rares, des formes sévères de Covid-19 peuvent survenir chez les adolescents, et particulièrement ceux qui ont des comorbidités. En outre, la vaccination représenterait un bénéfice individuel évident sur le plan psychologique et social, en évitant les fermetures de classes et d’établissements et leurs effets sur la santé mentale et les ruptures d’apprentissage des adolescents. »

Et surtout, le bénéfice collectif. Vacciner les ados freinerait la circulation du virus tout en diminuant le risque d’émergence de variants. A partir de 80% de couverture vaccinale, le virus ne se transmet plus.

« Le bénéfice peut être collectif », confirme la HAS. En effet, selon elle, la vaccination des adolescents s’inscrit « dans l’objectif de diminuer la circulation du virus et, à terme, d’éviter d’avoir à remettre en place des mesures de contrôle contraignantes. »

Dans un avis récent, l’Académie de médecine soulignait toutefois qu’il serait « très difficile d’obtenir avant la fin de l’été un taux de couverture vaccinale qui assurerait une immunité collective suffisante pour contrôler l’épidémie, soit 90 % de la population adulte ou 80 % de la population totale (enfants inclus)« . Selon elle, les réticences pourraient notamment se cristalliser autour de la question de la vaccination des enfants et des adolescents : « [certains] parents (…) ne manqueront pas d’objecter que la Covid-19 est généralement bénigne dans le jeune âge« .

Vaccin Moderna : une demande d’autorisation début juin

Le vaccin à ARN, des laboratoires Moderna, pourrait lui aussi obtenir une AMM pour les 12-17 ans. En effet, dans un communiqué publié le 25 mai, la biotech américaine dirigée par le Français Stéphane Bancel promet que son vaccin est « hautement efficace » chez les adolescents. Moderna précise qu’il déposera une demande d’autorisation auprès de la FDA, l’agence américaine des médicaments mais aussi tous les autres régulateurs dans le monde dès le début du mois de juin.

« D’ici à l’été, tous les adultes désireux de se faire vacciner auront reçu une première dose, soulignait au Journal du Dimanche (23 mai), Stéphane Bancel. L’idéal serait de les protéger avant la fin du mois d’août. Si on ne vaccine pas massivement, le risque d’une quatrième vague ne peut être écarté. »

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