mardi 22 juin 2021

«Un patriote dévoué à son pays»

Il y a 15 jours, le 25 mai 2021, nous quittait le professeur Moussa Arada, ancien chef de service de médecine interne à l’hôpital Mustapha Pacha, des suites de la Covid-19, après une lutte de plusieurs mois.

Le professeur Arada a consacré sa vie à la médecine, au progrès humain, à combattre la maladie pour sauver des vies humaines. Très humaniste, il était le médecin des pauvres qui venaient le consulter de tout le territoire national, particulièrement du Sud, et auxquels il portait une attention particulière, leur réservant une dizaine de lits en permanence, car, disait-il, les billets d’avion et les chambres d’hôtel sont trop chers.

Toutes celles et tous ceux qu’il a soignés, que ce soit au CPMC où il a exercé durant plus d’une décennie ou comme chef de service de médecine interne, se souviendront de son humilité, sa gentillesse, sa disponibilité, sa rigueur et son acharnement dans le combat contre la maladie, ce qui rassurait ses malades. Tous ceux qui ont fréquenté le service de médecine interne pourront témoigner de l’organisation impeccable du service, de son fonctionnement alliant discipline et dévouement au service de la médecine.

Que de citoyens a-t-il sauvés, rendus à la vie active malgré leur état critique. Le professeur Arada s’est battu inlassablement pour l’amélioration des prestations dans le service qu’il dirigeait par sa dotation en moyens matériels et humains. Jamais le professeur Arada n’a renvoyé un malade, même si les conditions de sa prise en charge étaient quasi nulles.

Il trouvait toujours une solution réservant son indignation au désengagement de l’Etat, à l’origine du délabrement du secteur de la santé. Le professeur Arada a occupé la fonction de doyen de la faculté de médecine d’Alger.

Les étudiants en pharmacie qui s’étaient mobilisés en 2011 se souviendront de lui, il était leur interlocuteur et considérait légitimes leurs revendications et s’était battu auprès de la tutelle pour leur satisfaction. Il était révolté par le traitement réservé aux médecins résidents mobilisés des mois durant autour de leurs revendications socio-professionnelles en 2017/2018, par les manœuvres de la tutelle et sa fuite en avant.

Le professeur Arada a occupé la fonction de responsable de la formation au ministère de la Santé. Il a formé des milliers de praticiens, élaboré une carte sanitaire révolutionnaire que le ministre a ignorée. Il a été désigné médecin de la présidence de la République depuis 1993, tâche qu’il a assurée dans la discrétion et la rigueur.

Comme beaucoup de professeurs de médecine, il a subi les décisions humiliantes de l’ancien ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, qui a plongé le secteur dans l’anarchie et la décadence en imposant la primauté de l’administratif sur le technique scientifique. Le professeur Arada avait la possibilité de fuir les conditions désastreuses qui prévalent dans le secteur de la santé publique et les décisions arbitraires de la tutelle,et aller exercer en France ou chez le privé.

Il ne l’a pas fait car défenseur acharné de la gratuité des soins et du secteur public de santé, il a choisi de rester à son service avec abnégation et dévouement. Il n’hésitait pas, à partir de 2014, face à la réduction drastique des budgets des hôpitaux, à payer de sa poche les frais induits par l’organisation de rencontres nationales des chefs de service de médecine interne à l’hôpital Mustapha Pacha. Le professeur Arada était une référence incontournable sur le plan national et international, contribuant à faire avancer la médecine dans notre pays, avec humilité.

Sa disparition est une perte incommensurable pour le pays, pour le secteur de la santé. C’était un patriote dévoué à son pays, digne fils d’une famille de combattants pour l’indépendance nationale, qui abhorrait l’oppression, les injustices et la misère où qu’elles se trouvent.

Il a dans ce cadre participé à la Conférence mondiale ouverte (CMO) contre la guerre et l’exploitation qui s’est tenue à Alger en 2010, apportant une contribution fondamentale et progressiste dans le domaine de la médecine au service de la science et de l’humanité.

Le professeur Arada, inquiet devant les multiples régressions qui ont frappé le pays, partageait l’aspiration de la majorité du peuple à l’avènement de la démocratie véritable consacrant la souveraineté du peuple et donc la sauvegarde du pays et des acquis de l’indépendance nationale, dont le secteur vital de la santé menacé de démembrement par les politiques d’austérité et de prédation.

C’est pourquoi le processus révolutionnaire de février 2019 a suscité en lui un immense espoir et même lorsque la contre-révolution s’est mise en mouvement, il répétait sans arrêt la même phrase : «L’espoir est toujours là, n’est-ce pas ? Nous ne devons pas baisser les bras». Comme pour chasser tout défaitisme. Le professeur Arada était notre ami, un compagnon de route.

Courageux et homme de principes, il n’a pas hésité à rejoindre la campagne pour ma libération, affichant et assumant politiquement son soutien suite à mon incarcération en 2019 et a mené avec d’autres médecins amis et militants du parti, une initiative en direction du tribunal militaire de Blida, demandant l’autorisation de me rendre visite en prison pour s’enquérir de mon état de santé.

Merci professeur Moussa Arada pour tout ce que vous avez donné avec générosité à notre pays. Nous ne vous oublierons pas. Salut au combattant infatigable, à l’homme de progrès.

Qu’il repose en paix pour l’éternité. Au professeur Zakia Arada, son épouse, à ses enfants Amine, Maya, Lotfi et Lila, ainsi qu’à l’ensemble de sa famille, à tous ses proches, nous réitérons notre plein soutien.

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