mardi 22 juin 2021

Pr Djenouhat: « Les trois  variants qui circulent dans le pays suscitent des craintes particulières »

Le Pr Kamel Djenouhat président de la Société algérienne d’immunologie et chef de service du Laboratoire central de l’EPH de Rouïba nous livre dans cet entretien qu’il nous a accordé les raisons liées au léger rebond épidémique.

 

Faut-il s’inquiéter de la situation actuelle et plus particulièrement après l’arrivée et la détection  des nouveaux variants au coronavirus?

Pr Kamel Djenouhat : il faut relever tout d’abord l’absence de données nécessaires et primordiales liées à l’évolution des souches mutantes en Algérie. Les spécialistes auraient aimé connaitre le taux   des nouveaux variants détectés par rapport à l’ancien décompte réalisé. Ce  genre d’information nous aide à dresser un tableau plus exhaustif sur l’évolution de la situation et  avoir une meilleure visibilité et une meilleure interprétation de la situation épidémiologique. Même si le nombre d’échantillons qui bénéficient du séquençage génique reste faible, on doit se comparer à quelques pays notamment s développés. Je pense que l’Institut Pasteur d’Algérie a réalisé  un grand pas positif dans le développement des outils diagnostiques. Sauf que l’IPA doit néanmoins communiquer le nombre de cas de nouveaux variants détectés  par rapport au nombre total des échantillons séquencés.

Parmi ces trois e variants détectés, le  britannique, le  nigérian et l’indien, quel est  le variant qui présente un profil virologique  plus menaçant ? 

Pr Kamel Djenouhat : Par définition, ces trois types de variants détectés chez nous sont à craindre tous pour les raisons suivantes : La variant britannique est déclaré très contagieux et provoque jusqu’ à 30% de plus de mortalité par rapport aux anciennes souches mutantes. Il ne faut pas perdre de vue qu’il est question  d’un variant qui est à l’origine de l’explosion de la pandémie COVID-19 dans le monde. Le variant qui m’inquiétait le plus c’est le nigérian du fait que des experts britanniques ont constaté dans une étude comparative, avec effectif relativement réduit (600 malades) que ce variant serait deux fois plus mortel que les autres. Ce variant nigérian  qui prédominait chez nous il y a deux ou trois semaines a  subitement disparu des radars. Pour ce qui est du variant indien, les scientifiques n’avaient pas de recul ou de données scientifiques solides et fiables. Néanmoins jusque-là   le variant indien est classé comme étant un variant « préoccupant » par l’OMS du fait que les experts ont pu montrer qu’il est plus contagieux et pourrait présenter un certain degré de résistance aux vaccins

Comment sont arrivés ces variants en Algérie alors que les frontières étaient fermées?  

Pr Kamel Djenouhat : Il y a lieu de rappeler d’abord que  le nouveau variant indien a été officiellement mis en évidence le 5 octobre 2020, et ce n’est qu’à partir du mois d’avril que l’Inde commençait à faire  face à la  flambée de la pandémie. Cette évolution surprenante pandémique a été également constatée par rapport au variant anglais qui a été  diagnostiqué pour la première fois durant le mois de septembre 2020, alors que  la Grande Bretagne n’a vécu sa vague qu’à partir du  mois de décembre dernier. Par conséquent, les variants mettent en fin un peu de temps pour passer de cas sporadique à des clusters. Nous avons vécu la même situation en Algérie mais, dieu merci beaucoup moins intense.  Nous avons importé ces variants durant les mois de janvier et de février et la montée des nouveaux cas a commencé trois mois après, c’est à dire durant le mois d’avril.

Le séquençage génétique est une activité qui exige un investissement lourd  Qu’est-ce qui empêche les hôpitaux dotés de séquenceurs d’amorcer le séquençage des PCR?

Pr Kamel Djenouhat : L’investissement pour le laboratoire de Biologie Moléculaire nécessite par définition des budgets conséquents et qu’il faut du coup les rentabiliser. D’ailleurs, c’est à cause de ce problème de rentabilité que les pays développés ont opté pour ce qu’on appelle des pôles de compétences répartis par régions. C’est la raison pour laquelle la réalisation du séquençage ne peut être généralisée dans tous les hôpitaux. En outre, ceci ne nous empêche pas d’interpeller la direction de la recherche scientifique qui a investi pour quelques séquenceurs très coûteux pour les utiliser pour le Covid, en puisant dans le budget alloué à la recherche scientifique.

Les résultats de l’enquête menée dernièrement par l’EPH de Rouïba  ont conclu une immunité collective qui dépasse un taux de 50% de la population ciblée,  ont fait objet de vives critiques? 

Pr Kamel Djenouhat :  Il faut savoir que tout scientifique digne de ce nom doit accepter  les critiques et les lectures opposées à son travail, mais ce que j’ai toujours souhaité qu’il faut formuler  des critiques qui sont fondées sur des résultats des études menées, et non pas sur de simples avis personnels. Il faut savoir aussi que l’évolution de cette pandémie chez nous dépendra du taux de cette immunité acquise qui sera certainement différente d’une région à une autre, et les régions qui ont les taux de séroconversion les plus faibles seront les régions les plus vulnérables et les plus exposées aux flambées de l’infection par le SARS-COV2.

L’immunité acquise lors des précédentes vagues y est donc pour beaucoup donc la longue accalmie pandémique enregistrée dans le pays ?

Pr Kamel Djenouhat : effectivement, la situation épidémiologique a connu une accalmie pendant quelques mois, ceci était dû certainement à un taux qui tourne aux alentours de 50% d’immunité acquise lors des vagues précédentes.  Mais c’est la rentrée des nouveaux variants qui est certainement à l’origine d’un léger rebond de la pandémie. Nous avons constaté dans une enquête préliminaire que nous sommes en train de mener dans notre hôpital (EPH de Rouïba) que parmi les patients hospitalisés, le taux de réinfection reste très faible, ceci nous rassure et corrobore l’hypothèse que l’immunité acquise naturellement par l’infection reste toujours efficace chez la plupart des patients.

Malgré les engagements pris par les  pouvoirs publics, la campagne de vaccination reste timide tâtonne toujours pourquoi ?

Pr Kamel Djenouhat : On a abordé ce sujet à maintes reprises, et nous avons dit que le marché mondial de la vaccination qui est  sous haute pression obéit à la loi de l’offre et de la demande, soit « premier arrivé,  premier servis». Néanmoins, il faut rester positif et optimiste. On souhaite que de grandes quantités soient acquises prochainement et je réitère mon appel au citoyen algérien de ne plus demander après la marque ou la provenance des vaccins, parce que tous ces vaccins ont montré leur efficacité.

 Lotfi Yahia pour santenews-dz.com 

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