mardi 22 juin 2021

Nassim Lounes . DG de med&com et Vice-président du GAAN : «Les initiatives de la digitalisation sans consistance»

-Contrairement à beaucoup d’autres secteurs, le digital a eu le vent en poupe durant la crise sanitaire, et ce, partout dans le monde. Est-ce le cas en Algérie ?

Effectivement, comme vous le dites, la crise sanitaire induite par la pandémie du coronavirus a accéléré la massification de l’utilisation des services liés au numérique dans tous les pays du monde. Et bien entendu, l’Algérie n’est pas en reste dans cette vague de digitalisation qui a touché la quasi-totalité des secteurs d’activité humaine. Avec ses 26 millions d’internautes, dont 3,6 millions qui sont de nouveaux utilisateurs, l’Algérie est résolument dans l’ère du digital. La pandémie n’a fait qu’accélérer un processus déjà enclenché par l’avènement de l’internet mobile en 2013 et le lancement du paiement en ligne même s’il n’a concerné au départ que les grands facturiers. Au plus fort de la pandémie, les Algériens, étant contraints à rester chez eux, se sont tournés vers internet pour leurs achats, la livraison de courses et de repas, mais aussi pour l’enseignement et le travail. Malgré quelques couacs liés à la qualité de la connexion, la pandémie a fait basculer, sans encombre, les internautes algériens de l’ère de l’internet de divertissement vers celle de l’internet utile. Nous avons assisté en 2020 à un foisonnement d’applications et de solutions digitales dans les secteurs du e-commerce, le transport, la livraison de produits alimentaires et des repas, notamment. La pandémie a été une excellente occasion pour les entreprises qui se sont lancées pour jauger les travers mais aussi les opportunités qu’offre le business en ligne. L’année 2020 était aussi une phase d’apprentissage nécessaire avant que le marché ne fasse sa décantation.

-Comment développer ce secteur dans un environnement où la numérisation tâtonne et où le paiement électronique accuse un grand retard ?

Le digital patauge depuis des années dans un environnement non adapté à sa nature transversale qui nécessite l’édification d’un écosystème capable d’assurer l’épanouissement de ce secteur qui doit être la colonne vertébrale du développement économique. Il est vrai aussi que nous constatons quelques initiatives significatives émanant des pouvoirs publics, mais aussi des acteurs locaux du digital qui nous donnent l’illusion que nous sommes sur la voie de la digitalisation. On peut citer, entre autres, l’initiative du gouvernement de numériser différents services public, le lancement de l’e-paiement et sa généralisation récente aux webmarchands, l’installation d’un ministère dédié aux start-ups et à l’économie de la connaissance.

De petits pas dans la digitalisation qui ne cadrent pas avec les exigences d’un secteur promu au rang de priorité dans la stratégie de diversification économique prônée par le gouvernement. Nous ne pouvons préjuger de la volonté, réelle ou feinte, des pouvoirs publics de donner un coup de boost à ce secteur. Mais force est de constater que ces initiatives sont sans consistance tant que le secteur n’est pas libéré de la bureaucratie dans laquelle il est enfermé et qu’on entretient les verrous qui maintiennent le secteur des télécoms,-qui a besoin aussi d’opérer sa transformation-, dans une profonde léthargie. Les acteurs du digital ont un rôle majeur à jouer en tant que partenaire agissant avec les pouvoirs publics pour mettre en place l’écosytème numérique tant espéré. Le GAAN créé dans les tumultes de la pandémie tente désespérément de rompre avec l’immobilisme qui a frappé pendant des années les acteurs du numérique. Regroupés désormais au sein de ce groupement, ces acteurs militent activement, mais sans fracas, pour le développement de l’économie numérique.

-Quels sont les segments du digital les plus en vogue aujourd’hui et les activités qui connaissent une avancée appréciable en Algérie ?

Vraisemblablement, les segments du digital, qui ont tiré leur épingle du jeu durant la pandémie, sont ceux qui connaissent aujourd’hui une forte croissance. Il s’agit notamment des marketplaces et de la home delivry, boostées par les mesures de restriction sanitaire. Toutefois, le marché du VTC est celui qui a atteint une certaine maturité. Disposant d’une dizaine d’acteurs locaux mais aussi internationaux, le marché des VTC (Véhicule de transport avec chauffeur) a réussi la prouesse de bâtir de réelles success-stories. Le secteur du e-commerce connaît aussi un développement très appréciable malgré le taux de pénétration encore trop faible du paiement en ligne, les marketplaces, sites marchands, pages et groupes sur les réseaux sociaux constituent un vrai canal de distribution, qui attire les petits commerçants mais aussi les grandes marques internationales.

-Des mesures ont été prises pour encourager les start-up dont les projets touchent au digital. Que pensez-vous de ces mesures, et sont-elles suffisantes ou répondent-elles aux attentes ?

Les avancées enregistrées sur le plan réglementaire et les avantages fiscaux et parafiscaux sont de vrais acquis pour les entrepreneurs dans le secteur du digital, ces mesures vont certainement encourager les jeunes à entreprendre dans l’innovation et à attaquer les marchés internationaux. Cependant, le chemin reste encore long, d’autres mesures doivent être prises pour améliorer le climat des affaires, assouplir la régulation de certains secteurs du digital, améliorer la connectivité et surtout encourager les investisseurs locaux et étrangers à accompagner ces projets qui nécessitent des financements tout au long leur développement pour leur assurer une croissance saine et rapide. 

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