mardi 15 juin 2021

Mahrez Aït Belkacem >> Consultant en ressources humaines : «S’attaquer aux causes du malaise social nécessite un climat politique apaisé»

Mahrez Aït Belkacem. Expert en ressources humaines

-Ça bouillonne sur le front social avec des protestations dans plusieurs secteurs. Cette situation était prévisible, mais les solutions ont tardé. Comment expliquer une telle situation ?

C’est vrai que l’ébullition du front social était prévisible, mais on ne peut pas dire pour autant que rien n’a été fait par les pouvoirs publics. Je pense qu’on s’est surtout préoccupé de traiter les symptômes à défaut de s’attaquer aux causes. Or, les causes sont profondes et il est difficile en l’état actuel des restrictions budgétaires de continuer à ne traiter que les symptômes, car les capacités pour le faire ont fondu comme neige au soleil. Et s’attaquer aux causes profondes exige beaucoup de temps et un climat politique apaisé. Nous n’avons ni l’un ni l’autre.

Les pouvoirs publics espèrent entamer un début de règlement politique avec les prochaines élections législatives, on verra bien si celles-ci aboutiraient à la constitution d’un gouvernement suffisamment représentatif pour engager les douloureuses réformes de fond. Que les candidats ne s’avisent pas de promettre des lendemains qui chantent, car même si cette gageure était gagnée, il restera à trouver les moyens de financer leurs coûts. Je parle en particulier des coûts sociaux qui vont accompagner ces réformes nécessairement douloureuses.

Il n’y a qu’à voir les mesures laborieuses proposées dans le projet de loi de finances complémentaire pour 2021 concernant le réajustement de la politique de subventions via les transferts sociaux. J’en voudrais toujours aux anciens gouvernements qui, alors que les conditions financières permettaient d’entamer les réformes sans grandes difficultés majeures, ont préféré faire croire aux Algériens qu’ils pouvaient maintenir un mode de vie dispendieux sans s’inquiéter de sa viabilité, alors que tous les indicateurs étaient au rouge et que de nombreuses voix éclairées s’étaient élevées pour demander les réformes indispensables. Mais nous avons compris après le 22 février 2019 que tout était mené pour justifier la rapine et la gabegie et que c’était peine perdue. Aujourd’hui, on ne fera pas l’économie de la casse et les solutions sont réduites.

-La situation risque-t-elle de s’aggraver, surtout avec la dégradation continue du pouvoir d’achat ?

La situation pourrait probablement s’aggraver, car les réponses disons «traditionnelles» pour préserver la paix sociale ne sont plus possibles. Et l’enjeu aujourd’hui est d’abord de préserver la paix civile, car lorsque la paix sociale est menacée, elle peut entretenir les pires dérives. Rappelons-nous que les événements tragiques d’octobre 1988 ont connu leur incident déclencheur à Rouiba chez les travailleurs en grève de Sonacome. On connaît la suite. C’est ainsi qu’il faut continuer, autant que possible, à traiter les symptômes pour les empêcher de prendre des tournures incontrôlables, tout en se dotant des conditions d’engager les réformes de fond.

 

> Propos recueillis par  Samira Imadalou

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