samedi 19 juin 2021

« L’ouverture d’un café littéraire ne sera plus un événement, mais une norme », (Nad Louail, fondateur du Café littéraire Al-Rûmi)

Pour Nad Louail, fondateur du Café littéraire Al-Rûmi, le peuple algérien est l’un des grands consommateurs de café, mais non pas de livres. C’est dans cette optique que son initiative s’est inscrite, celle de créer la convivialité café-arts. « J’aimerais tellement voir des gens s’asseoir pour un café avec un livre dans la main au lieu d’une scie dans la bouche. Donc avant de se situer quelque part, commençons déjà à apprendre à marcher dans le bon sens, lisons ! » estime-t-il.

 

Vous venez d’inaugurer un café littéraire baptisé Al-Rûmi, en hommage à Djalel Eddine Al-Rûmi. Tout d’abord, en quoi ce poète mystique a t-il suscité votre intérêt pour lui dédier ce projet ?

Je me suis toujours retrouvé proche du soufisme, je lisais Ibn Al-Arabi, Al-Rûmi, les poèmes de Rabiaa Al-Aadawiya (peut-être la première femme soufie) et tout ce monde prêchait l’amour du divin omniprésent, un amour universel et inconditionnel, celui qui unit et réunit, non celui qui sépare et ségrégue, car après toute la religion n’est qu’un moyen sensé nous permettre justement d’arriver à dieu. En partant de cette notion d’unité et de fusion et plus encore après avoir lu Soufi mon amour d’Elif Shafak (je l’ai lu en arabe « les quarante règles de l’amour ») j’ai été tellement ému par l’histoire d’Al- Rûmi et Shams Al-Tabrizi, qu’honorer l’un des deux maitres n’était qu’évidence.

 

Les projets sérieux qui prennent en charge la culture en Algérie sont rares. Où vous vous situez dans toute la scène culturelle algérienne ?

Je n’ai pas vraiment cherché à me situer ou à occuper une quelconque place dans la scène culturelle en Algérie, le projet d’ouvrir un café littéraire était toujours présent, enfoui quelque part dans ma mémoire et ce n’était qu’une question de temps et d’occasion. Le peuple algérien est l’un des plus grands consommateurs du café, mais malheureusement le moins de livres. J’ai lu quelque part cette phrase « Toute dictature brûle d’abord les livres, car un peuple qui ne lit pas est servile », donc en un mot on s’est accablé nous même dans la dictature de l’ignorance en s’éloignant de la lecture, notre esprit a rétréci ainsi que notre tolérance, et par conséquence notre bien-être. Quand on lit on n’apprend pas seulement sur les autres mais essentiellement sur nous-mêmes et se connaître soi-même c’est être en paix à l’intérieur et avec l’ensemble qui nous entoure, ce n’est pas anodin que le premier mot révélé au prophète fut « Iqraa » (lis). J’aimerais tellement voir des gens s’asseoir pour un café avec un livre dans la main au lieu d’une scie dans la bouche, si vous voyez ce que je vous dire. Donc avant de se situer quelque part, commençons déjà à apprendre à marcher dans le bon sens, lisons !

Quelles nouveautés comptez-vous apporter à l’espace culturel algérien et algérois à la fois ?

Juste un espace convivial j’espère où la lecture et l’art sont l’essence même de l’endroit, et on aimerait tellement que ça se propage un peu partout dans le pays. Que des clubs de lecture prennent naissance, que l’élite intellectuelle vienne affirmer ses idées, nous éclaircir sur des thématiques actuelles dans le monde que pour le moment on ne fait que subir, peut-être un jour on prendra les devants et que les générations qui nous succèderont seront des leaders qui façonneront le monde.

 

Pouvez-vous nous parler de ce que vous prévoyez comme activités qui pourraient susciter l’engouement du public ?  

On est en contact avec plusieurs écrivaines et écrivains pour la plupart jeunes et on prévoit des ventes-dédicaces, des séances de lecture de textes ou des poèmes, on a aussi des artistes qu’on exposera et peut-être même pour la première fois leurs œuvres, des projections de documentaire ou de films qui se poursuivront avec des débats, même des ateliers de lecture et d’art pour enfants, enfin attendez-vous à de belles surprises. Personnellement j’ai été magnifiquement surpris par les messages d’artistes et d’écrivains affluents de partout de l’Algérie, et ce qui nous rassure que notre mission soit inébranlable est aussi tout cet encouragement presque unanime qui salut ce projet. Alors on va tout faire pour qu’une ouverture d’un et des cafés littéraires ne sera plus un évènement mais plutôt une norme.

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