mardi 15 juin 2021

Les candidates invisibles durant la campagne

Qu’il s’agisse des affiches des partis politiques ou celles des indépendants, les candidates étaient nombreuses et beaucoup d’entre elles sont des diplômées de l’université ou ayant des compétences avérées dans différents domaines.

Pourtant, tout au long de la campagne électorale, qui tire à sa fin aujourd’hui, on n’a parlé d’elles que pour les dénigrer en les présentant tantôt comme des «bijoux» de famille à «préserver», tantôt comme de «belles fraises bien sélectionnées».

Sur de nombreuses affiches, elles apparaissent tantôt avec un visage flouté, voire effacé, auréolé d’un foulard, sans identité et tantôt sous la forme d’une silhouette.

Certaines affiches sont plus choquantes que d’autres, surtout lorsque les visages «effacés» sont ceux de femmes ingénieurs, de psychologues ou encore d’enseignantes universitaires, inscrites sur une liste indépendante. Une pratique déjà dénoncée lors des législatives de 2017 et qui a poussé l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) à mettre en demeure les concernées.

Or, pour ce scrutin, cette même Anie a autorisé les candidates à ne pas mettre leurs photos aussi bien sur les affiches de campagne que sur les bulletins de vote. Sur quelle base légale ? Nous n’en savons rien.

Ce qui est certain, c’est que l’Anie a, par sa décision, encouragé cette «censure» du visage des femmes et légalisé sa pratique.

Elle a recouru à une disposition transitoire (article 137) du code électoral, pour autoriser de nombreux partis et indépendants à ne pas respecter le principe de parité, et validé de ce fait des listes majoritairement ou exclusivement masculines et dont les affiches ne semblent pas surprendre.
Durant cette campagne électorale, les femmes étaient, à des exceptions près, invisibles, pour ne pas dire absentes.

Certains partis, notamment islamistes, ont mis le paquet sur les réseaux sociaux pour mettre en avant leurs candidates, alors que d’autres préfèrent, souvent, mettre sous les feux des projecteurs les candidats masculins.

Dans les grandes villes, des candidates indépendantes comptent beaucoup sur les réseaux d’amis sur les réseaux sociaux, mais aussi en faisant quelques tournées dans les quartiers où elles ont déjà des soutiens. Ce qui les rend moins visibles que celles appuyées par les moyens des partis politiques.

En réalité, cette campagne électorale nous a renvoyé en plein visage l’image réductrice que l’on veut donner à la femme, notamment à celle qui investit l’espace public. Censurer le visage et la voix des candidates, les réduire à de «belles fraises sélectionnées», ou encore les éloigner des débats publics avec les électeurs, c’est en réalité les renvoyer à leur statut de mineures à vie, consacré par le Code de la famille, dans une société encore plombée par le système du patriarcat.

Une réalité d’autant plus douloureuse, surtout lorsque c’est l’Autorité chargée des élections qui ouvre la brèche pour permettre toutes ces dérives qui visent la femme algérienne.

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