mardi 15 juin 2021

Législatives : pourquoi ils se présentent

Younès Sabeur Chérif,  32 ans, Jil Jadid (Alger)  : «Il est temps de produire une nouvelle classe politique»

Lunettes élégantes, barbichette et bouille sympathique, Younès Sabeur Chérif est un nom et un visage familier du paysage audiovisuel DZ. On le connaît surtout comme animateur vedette du talk show «Mazal El Hal» sur El Djazaïria One, puis Echorouk TV. Depuis quelques mois, il anime «Kima kan el hal» sur Lina TV. Aussi, en découvrant sur Facebook les images de YSC sillonnant les rues et les quartiers d’Alger en discutant avec les gens, nous avons naïvement pensé qu’il s’agissait d’un nouveau concept de télévision.

Nous nous sommes plantés. Non, ce n’est pas pour une nouvelle émission que la jeune star arpente les cités populaires et les petits marchés de la capitale mais pour collecter des voix. Younès Sabeur Chérif se présente, en effet, aux législatives du 12 juin pour la wilaya d’Alger sous la bannière de Jil Jadid (liste 19). «Moi c’est Younès, j’ai 32 ans, je pèse 76 kilos et mon histoire a commencé le 7 juillet 1989», raconte-t-il dans un clip au ton intimiste. Younès est un enfant du quartier La Redoute, à El Mouradia. Sa famille s’est ensuite installée pendant quelques années à Birtouta où il a fait l’essentiel de sa scolarité jusqu’au lycée, avant de revenir à Alger. En 2008, après l’obtention de son bac, il se lance dans des études de Sciences politiques. En 2012, il adhère à Jil Jadid.

Depuis le début de la campagne, Younès Sabeur Cherif multiplie les sorties de proximité : Rouiba, Douéra, Birkhadem, Staouéli, village agricole de Bouchaoui… Il est également très actif sur les réseaux sociaux, y compris Instagram où il a plus de 50 000 followers. «J’ai même ouvert un compte TikTok pour toucher les jeunes», confie-t-il. Comment ce séduisant jeune homme a-t-il décidé de sauter le pas et se lancer en politique ? «En fait, j’ai toujours baigné dans la politique. Mon papa était un ancien militant du MSP. J’ai des idées un peu progressistes par rapport à lui, même s’il est très modéré. Aujourd’hui, je voudrais laisser mon empreinte au sein de la classe politique».Younès était dans la rue le 22 février 2019 et a participé aux manifestations du hirak jusqu’au 2 avril 2019, date de l’abdication de Bouteflika. «Après le 2 avril 2019, je ne sortais plus parce que je pense qu’on se devait de présenter un candidat à la présidentielle. J’estime qu’il fallait traduire la dynamique qui était dans la rue en dynamique politique», explique-t-il. YSC poursuit : «On a marché, on a manifesté, maintenant, on doit capitaliser toute cette énergie qui était dans la rue au niveau des institutions de l’Etat».

«Moi, en tant que jeune, j’aimerais que ma génération joue un rôle», insiste-t-il. «Je ne suis pas partisan de la politique de la chaise vide. Je pense que le temps est venu d’opérer une transition générationnelle et de produire une nouvelle classe politique».
A propos du déroulement de sa campagne, Younès affirme que celle-ci n’a pas été chahutée : «Sincèrement, il n’y a pas eu d’hostilité, à part un ou deux types qui ont lâché ‘‘Makache intikhabate maâ el issabate’’ (Pas d’élections avec les gangs). Je suis très content de constater que les gens sont vraiment à l’écoute». Et de faire remarquer : «En Algérie, il y a ceux qui sortent ; il y a ceux qui sont contre ceux qui sortent, il y a ceux qui commentent sur les réseaux sociaux mais ne sortent pas… On a de tout. Après, j’imagine qu’il y a aussi une majorité silencieuse qui suit de loin, et c’est celle-là que j’essaie de conquérir».

 

Amina Berkati, 40 ans ,  la Voix du Peuple (Alger)  :  «Faire entendre la voix des enseignants à l’APN»

Amina Berkati, 40 ans, se présente aux législatives au niveau de la wilaya d’Alger sous la bannière du parti Sawt Echaâb, la Voix du Peuple (PVP, n°15). Ancienne prof de français, Mme Berkati est aujourd’hui sous-directrice chargée de la pédagogie dans un lycée à Chéraga. Pour ce qui est de son background politique, c’est au sein du FLN que la candidate a fait ses classes avant de rejoindre le PVP. Si elle clame son attachement à sa nouvelle famille politique, Amina Berkati n’oublie pas tout ce qu’elle doit à sa formation d’origine. «J’ai milité au sein du FLN pendant 21 ans. J’ai adhéré à ce parti à l’âge de 17 ans. C’est là que j’ai acquis mon expérience politique», reconnaît-elle. Malgré l’affection qu’elle garde pour l’ancien parti unique, Amina a éprouvé le besoin de changer d’air en choisissant une formation qui, dit-elle, «pouvait adopter mes idées». Avant cette expérience électorale, Amina Berkati s’était déjà présentée aux élections municipales du 23 novembre 2017.

Sans succès. «Mais cette expérience m’a servi sur le plan politique. J’ai appris à faire le travail de proximité, à défendre mon point de vue, à convaincre les autres et faire passer mes idées», souligne la candidate. Amina Berkati se sert beaucoup aussi de son métier et de son statut d’enseignante, devenu un précieux atout de campagne. «En tant que prof, j’ai une bonne réputation, notamment auprès des parents d’élèves», assure-t-elle. «J’ai formé des générations d’élèves, du primaire au lycée. C’est ce qui explique qu’on nous réserve un bon accueil. Les gens me témoignent beaucoup de bienveillance parce qu’ils me connaissent et connaissent la valeur du métier que j’exerce». Amina a fait également de l’éducation un de ses principaux thèmes de campagne et accorde une importance capitale dans son plaidoyer à la défense des droits des enseignants. «Le système pédagogique est la base de toute société. Et cela renvoie à l’enseignant. S’il est respecté dans sa dignité d’enseignant, s’il jouit dignement de ses droits légitimes, le reste suit», argue Mme Berkati. Dans son esprit, l’Assemblée nationale, c’est avant tout une tribune pour plaider la cause des enseignants et «défendre nos droits bafoués». «On voudrait faire entendre notre voix», répète-t-elle. «Et si on ne peut pas la faire entendre auprès de l’autorité exécutive, on aimerait au moins qu’elle soit entendue à travers l’instance parlementaire. C’est ça qui m’a poussée à me présenter», affirme la candidate.

Ali Blibek, 41 ans , FLN (Tizi Ouzou)  : «Ce n’est pas parce  que je participe au vote que je suis contre le hirak»

La sonnerie du téléphone retentit aux airs de Qassaman. Au bout du fil, Ali Blibek, candidat FLN pour la wilaya de Tizi Ouzou. Le choix de la sonnerie a toute son importance pour cet informaticien et professeur d’université qui proclame haut et fort son patriotisme. Ali Blibek est originaire de Beni Douala. Né en 1979, il a fait l’essentiel de sa carrière professionnelle dans l’enseignement. En plus de son statut de professeur à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, il dirige une école privée dont l’enseigne porte le patronyme familial : Blibek School. Pour ce qui est de son parcours militant, l’ingénieur informaticien a fait toute sa formation politique à l’école du FLN où il milite depuis une quinzaine d’années. Ali Blibek s’était déjà présenté aux législatives de 2017. «Mais il n’y avait pas les mêmes conditions qu’aujourd’hui. Comme vous le voyez, même la loi électorale a changé», dit-il. Les nouvelles dispositions, notamment en supprimant la règle de la tête de liste et en écartant «l’argent sale», font beaucoup d’heureux, en effet. «Les anciennes pratiques, c’est terminé !» tranche le professeur. Qu’il soit candidat FLN dans une ville réputée frondeuse, hirakiste par excellence, l’une des rares où l’on continue encore à battre le pavé le vendredi, cela ne semble nullement le gêner. M. Blibek ne semble pas craindre non plus le poids de l’abstention record qui a toujours caractérisé les scrutins à Tizi Ouzou.

Le candidat affirme ne pas avoir rencontré une hostilité particulière lors de ses sorties de proximité. «Hamdoullah, pour l’instant, ça se passe bien. Certes, il y a des mécontents, c’est normal. Mais les gens nous connaissent. Les citoyens voient beaucoup plus la personne que le parti», souligne l’universitaire. «Même aux Etats-Unis, un candidat est critiqué. De là à dire que toute la Kabylie rejette les élections, c’est faux. C’est une région démocratique», insiste M. Blibek. Le candidat FLN apporte, par ailleurs, une précision de taille en déclarant à propos du hirak : «Ce n’est pas parce que je participe au vote que je suis contre le hirak. Au contraire, le hirak est une bonne chose. Cela dit, il faut participer à l’action politique, sinon on va laisser la place vide. Et quand vous laissez la place vide, n’importe qui peut remplir ce vide». Ali Blibek estime qu’il serait injuste d’associer le FLN à la «îssaba». «Il y a des gens qui ont utilisé le FLN pour servir leurs intérêts personnels, mais dans le parti, il y a des hommes et des femmes de bonne volonté, il y a beaucoup de gens sincères», clame-t-il. Et de marteler : «Le FLN est né en Kabylie et il ne va pas mourir en Kabylie».

 

Hayet Zaïer , Liste indépendante  : «Les mains propres» (Skikda)

Hayet Zaïer est avocate. Elle est née et a grandi à Tamalous, à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Skikda. Me Zaïer se présente aux législatives sur une liste indépendante : «El ayadi ennadhifa» (Les mains propres) (n°50), dans la wilaya de Skikda. Sur sa page de campagne, sur Facebook, elle poste régulièrement des images de ses sorties sur le terrain. Elle va à la rencontre des électeurs dans les petites localités de la région : au village Ahmed Salem, à Boumegane, Aïn Cheraïa… Elle n’hésite pas à animer des petits meetings, le plus souvent dans des cafés populaires, en toute simplicité. «Aujourd’hui était un jour spécial pour moi en me retrouvant parmi les miens, entourée des amis, des proches, des voisins. Je n’avais pas à me présenter. Tout le monde sait que je suis la fille de la vaillante Tamalous (…) Merci à tous les enfants de Tamalous. Vous avez incarné la force de mon slogan : ‘‘Plus fort ensemble, ensemble nous pouvons’’», écrit-elle dans un post. Comme nous le disions, Hayet Zaïer est native de Tamalous où elle a vu le jour le 30 août 1972. Après des études de droit à l’université de Constantine, elle a travaillé un temps comme juriste à la daïra de Tamalous et aujourd’hui, elle est avocate agréée auprès de la Cour suprême et du Conseil d’Etat.

Avant de se lancer en politique, cette maman de quatre enfants s’est forgée dans l’action associative à travers notamment l’association «Basma» (Sourire) pour la protection de l’enfance dont elle a été présidente durant trois ans. Sur les raisons qui l’ont poussée à se présenter, Me Zaïer explique : «Ce qui m’a poussée à m’engager dans ces élections, c’est la situation difficile que traverse notre pays sur les plans économique, politique et social. Cela impose à tout citoyen attaché à sa patrie d’œuvrer pour trouver les solutions à même d’aider notre chère Algérie à aller de l’avant sur le chemin du développement». S’agissant du contexte tendu dans lequel interviennent ces élections, notamment avec le rejet du scrutin par le hirak, Hayet Zaïer considère que «c’est un point de vue minoritaire et ne reflète pas la position du peuple algérien qui aspire à trouver des solutions politiques et économiques qui lui permettront d’améliorer son niveau de vie, de résorber le chômage, de prendre en charge ses préoccupations en matière de santé et d’éducation…». «Les élections accordent le droit à tout citoyen qui aspire au changement de s’exprimer en allant aux urnes et son choix est garanti constitutionnellement», plaide l’avocate.

 

Dr Argoubi Mghier, 46 ans,  Liste indépendante  Takatol El Amel (Tamanrasset)  : «Ce qui a été gâché par la politique ne peut être réparé que par la politique»

Le Dr Argoubi Mghier, 46 ans, est médecin généraliste à Tamanrasset. Il se présente en indépendant au nom de la liste «Takatol El Amel min adjli Tamanrasset» (Coalition El Amel pour Tamanrasset (n°37). Le Dr Argoubi est loin d’être novice en politique. Il s’était déjà présenté aux élections parlementaires de 2012 et de 2017. Il avait même défrayé la chronique aux législatives de 2012, et pour cause : il avait réalisé un score confortable qui le donnait gagnant avant de voir sa victoire électorale invalidée. «A sa grande surprise, M. Argoubi, lors de son déplacement à Alger pour accomplir les procédures administratives nécessaires avant son accès à l’hémicycle de l’APN, constate mystérieusement qu’il ne figure pas sur la liste des députés élus dans la wilaya de Tamanrasset, son siège ayant été octroyé à une autre candidate de l’ex-parti unique», rapportait Liberté à l’époque. Joint par téléphone, l’ex-malheureux candidat garde un souvenir amer de cet épisode mais se montre confiant quant à l’issue de cette troisième tentative. «Malheureusement, on m’a entravé. On a vu que j’avais de la popularité. Il y a eu shab echkara (les affairistes véreux) qui ont manœuvré pour m’éliminer. Mais je suis optimiste. Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il y a un peu plus de démocratie.

Il y a des gens qui ont été disqualifiés par la loi (la nouvelle loi électorale, ndlr). L’article 200 notamment exclut les groupes soutenus par les forces de l’argent. En tout cas, je vois que c’est plus ouvert qu’en 2017 et en 2012», déclare le Dr Argoubi. Notre interlocuteur pense néanmoins que sa candidature gêne certains clans rivaux. «Il y a beaucoup d’hostilité à ma candidature parce que j’ai une bonne réputation avec mon cabinet. Certains me disent pourquoi tu t’engages en politique, qu’est-ce que tu vas faire dans cette galère ? Tu vis comme un roi de ton cabinet, tout le monde t’apprécie». Et de lancer : «Moi, j’ai la ferme conviction que ce qui a été gâché par la politique ne peut être réparé que par la politique». Le représentant de la «Coalition de l’Espoir pour Tamanrasset» n’est pas découragé non plus par le climat général ambiant et le spectre de l’abstention. «Ici, à Tamanrasset, affirme-t-il, le taux de participation a toujours été élevé, enregistrant plus de 60% en moyenne. Les électeurs ont toujours répondu présent. Et je pense qu’il y aura une forte participation à ce scrutin parce que les têtes ont changé. Il y a beaucoup de jeunes, beaucoup d’universitaires», estime le candidat.

 

Manel Salhi, 27  ans,  Talaie El Hourriyat ( Sétif) :  «C’est un premier pas et ce ne sera pas le dernier»

C’est l’une des plus jeunes candidates du paysage électoral sétifien à briguer un siège à l’APN. Son nom : Manel Salhi. 27 ans. Elle est née exactement le 2 novembre 1993. Manel est l’une des candidates de Talaie El Hourriyat pour la wilaya de Sétif. Et c’est sa toute première expérience politique. Manel est pharmacienne de profession. Elle est issue de la commune de Aïn Abessa, petite ville située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Sétif. Qu’est-ce qui a donc poussé notre jeune apothicaire à se lancer dans la politique ? «Cela fait maintenant deux ans et demi, j’ai développé un penchant pour la politique. Seulement, j’étais accaparée par mes études de pharmacie. Dès que j’ai obtenu mon diplôme cette année, j’ai saisi cette occasion et je me suis engagée directement en politique», confie Manel. Son choix pour Talaie El Hourriyet a été dicté avant tout par les positions du parti, précise-t-elle. «Ce qui m’a attirée dans ce parti, c’est à la fois son programme et la qualité de ses militants. J’en connais quelques-uns, ce sont des personnes dévouées, qui ont des principes. Talaie El Hourriyet est un parti propre. Il a été créé en 2015 mais, en réalité, il lutte depuis 2004 avec Maître Ali Benflis qui exprimait des revendications qui sont aujourd’hui portées par le hirak.

C’est également un parti qui accorde une attention particulière aux jeunes. Il y a d’ailleurs beaucoup de jeunes dans ses listes». Manel Salhi prend manifestement plaisir à faire campagne. «Ça se passe très bien, les gens me réservent un accueil plein d’enthousiasme», soutient-elle, avant d’ajouter : «Cela tient au fait que je suis dans ma région, et aussi du fait de ma profession. Et puis, ils sont satisfaits du programme que nous présentons. Pour eux, il est important que les jeunes prennent la relève». Et de faire remarquer : «Les jeunes sont le moteur du changement. Qui plus est, on est tous des universitaires. On est au fait de la situation du pays, on a diagnostiqué tous les secteurs, et grâce aux réseaux sociaux, nous sommes encore plus au fait de ce qui se passe». La jeune pharmacienne est donc persuadée que le jeu en vaut la chandelle et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «C’est un premier pas pour moi et sûrement pas le dernier», dit-elle en parlant de son baptême du feu en politique. L’option du boycott lui paraît, dès lors, une démarche «stérile» : «Si on doit attendre que tout soit parfait pour se présenter, on ne va jamais y arriver», observe la candidate. «Le premier pas à faire, c’est de s’engager dans les élections. C’est de choisir de bons représentants qui constitueront un trait d’union entre les autorités et le peuple», préconise-t-elle.

 

Abdelhalim Henni Douma , 36 ans,  Liste indépendante «Taharrar» (Chlef) : «Apporter un plus à la scène politique algérienne»

Abdelhalim Henni Douma a 36 ans. Il se présente dans sa ville natale, Chlef, en candidat indépendant sur la liste «Taharrar» (Libère-toi). Le parcours de ce jeune homme à la gueule d’acteur est assez impressionnant. Né à Chlef en 1985, il a fait sa scolarité dans sa ville natale jusqu’au bac. Son baccalauréat en poche, il part en France et réussit à s’inscrire à la prestigieuse université Sciences Po Paris.
Après l’obtention de son diplôme en sciences politiques et diplomatie en 2009, il poursuit ses études aux Etats-Unis et au Canada. Et il continue à peaufiner son cursus académique en préparant une thèse de doctorat. En décembre 2020, Abdelhalim décide de rentrer au bercail. C’est la première fois qu’il se présente à une élection. Son ambition : «Essayer d’apporter un plus à la scène politique algérienne». Quel a été le déclic pour lui ? «Très clairement, c’est le changement que j’ai observé à Chlef et ailleurs dans la société qui m’a incité à me présenter. J’ai suivi un peu le hirak, j’ai vu les revendications du peuple. C’est ce qui m’a poussé à revenir m’installer définitivement en Algérie et de faire mes premiers pas sur la scène politique», explique-t-il. Il poursuit : «J’ai réussi à l’étranger et je me suis dit pourquoi ne pas reproduire cette réussite ici. J’essaie de ramener des idées progressistes. Moi je suis de ce courant-là. J’essaie aussi de faire un travail de société, un travail sur les mentalités».

Même s’il reconnaît l’importance des manifestations du hirak dans l’espace public, le jeune politologue estime que l’action politicienne est nécessaire, quitte à faire preuve d’un peu de pragmatisme. «On a suivi les marches. Je ne dis pas que ce n’est pas important. C’est même un droit. Mais ça ne suffit pas. Il faut des propositions qui soient claires, qui soient logiques, et qui soient également pratiques sur le terrain», plaide-t-il. «Je pense qu’il faut aller aux élections. Il faut arrêter de dire : ‘‘Non, les conditions ne sont pas réunies’’. De toute façon, en Algérie, depuis 1962, on n’est jamais prêts. Il faut franchir ce pas».

Pour la conduite de sa campagne, AHD s’est entouré d’une équipe de jeunes qui le suivent dans ses tournées de proximité intensives. Tandis que sur ses affiches officielles, il adopte un dress-code assez conventionnel, en costard cravate, la barbe soigneusement taillée, les cheveux gominés, sur le terrain, en revanche, c’est en t-shirt qu’il va à la pêche aux voix. Il écume les cafés populaires, sillonne les petites bourgades de la campagne chélifienne, distribuant flyers et affichettes frappés du numéro 38, celui de la liste «Taharrar».

Au dos de l’un de ses t-shirts de campagne, ce message audacieux : «Que devrait faire Abdelhalim ?» La question est déclinée en arabe mais aussi en anglais : «What Would Abdelhalim Do ?» On l’aura compris : Abdelhalim Henni Douma se veut moderne, décontracté.

En candidat 2.0, le politiste converti en politicien est très actif sur Facebook et Instagram. En l’observant, on comprend assez vite que sa démarche est assez emblématique de cette génération qui, à défaut de décrocher une place à l’APN, ambitionne de casser les codes, de rafraîchir et de dépoussiérer l’image du politique DZ. Tout un programme…

 

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