samedi 19 juin 2021

La culture de la betterave sucrière séduit les fellahs

Portant le projet de développer la culture de la betterave sucrière afin de réduire les importations de sucre, de diversifier les variétés de plantes cultivées en Algérie et de permettre la création d’une nouvelle filière de production, de transformation et de commercialisation s’appuyant sur cette magnoliophyte à la racine blanche et charnue dont on extrait du saccharose, de la mélasse et de l’éthanol et dont le feuillage aérien dense est un excellent aliment du bétail, le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a élaboré une feuille de route incluant les agriculteurs, les industriels activant dans la transformation des produits agricoles, les techniciens des centres et des instituts de recherche en agronomie et les cadres des directions de l’agriculture des wilayas concernées.

À l’issue de ce plan, il est attendu la plantation de 150 000 ha de betteraves sucrières de différentes variétés et une production nationale de 30% de la quantité de sucre importée, dont la facture s’élève à 1 milliard de dollars par an. Afin d’informer et de sensibiliser les agriculteurs de Biskra à adhérer et prendre part à ce programme dont ils sont la cheville ouvrière, l’Institut technique du développement de l’agriculture saharienne (ITDAS) de Aïn Bennaoui, à 7 km au sud-ouest de Biskra, a organisé, récemment, des Portes ouvertes afin de promouvoir la culture de la betterave sucrière, de mettre en avant les résultats des essais réalisés par ses techniciens-agronomes et de motiver les agriculteurs à s’investir «dans ce nouveau créneau aux fortes potentialités et avantages», est-il souligné. «Nous avons cultivé sur des parcelles d’expérimentation 3 variétés de betteraves sucrières (mohican, bernache, turbata) et les résultats sont forts appréciables et encourageants, car les rendements obtenus varient de 70 à 120 tonnes par hectare, sachant que la moyenne mondiale est de 80 t/ha.

Avec des taux de sucre de 22% pour les tubercules et des feuillages transformables en aliment pour le bétail, nos betteraves sont d’une excellente qualité.

Cela ouvre des perspectives prometteuses pour les fellahs qui trouveront toutes les aides techniques et les recommandations pour cultiver des betteraves sucrières, réaliser des gains supplémentaires et ainsi participer à la diminution de la facture d’importation du sucre», a expliqué Fouad Bendjeddou, directeur de cette station de recherche appliquée et d’amélioration des pratiques culturales.

À l’horizon 2024, il est escompté de planter 1 200 000 ha de betteraves sucrières à Adrar, Ouargla, El Oued et Ghardaïa pour produire in fine 1  800 000 tonnes de sucre, de la mélasse et de l’éthanol. Ce plan prévoit pour la wilaya de Biskra 300 000  ha qui seront dévolus à la culture de la betterave sucrière.

ENGOUEMENT ET CRAINTES

«L’État accompagnera les fellahs intéressés et leur proposera des aides conséquentes pour écouler leurs productions, avoir des semences hybrides importées et bénéficier du fonds national pour la modernisation et la mécanisation des opérations agricoles.

C’est un plan de développement de la culture de la betterave sucrière où les agriculteurs ont un rôle crucial à jouer. Fort heureusement, Biskra a déjà un transformateur industriel produisant du sucre à partir des dattes pouvant adapter ses installations pour produire du sucre extrait de la betterave. En plus de diminuer les factures d’importation du sucre et de certains autres produits stratégiques, ce plan de développement de la culture de la betterave sucrière va engendrer des dizaines de postes d’emploi direct et indirect.

Les ministères de l’Agriculture, de l’Industrie et des Finances sont ouverts à tous les opérateurs économiques voulant investir dans une unité de production de sucre à partir de la betterave», a souligné Omar Zeghouane, conseiller auprès du ministère de l’Agriculture et chef de file du programme de développement des cultures de la betterave sucrière en Algérie.

Apparemment séduits et intéressés par les exposés, explications et démonstrations prodigués au cours de cette manifestation, les agriculteurs ont exprimé leur adhésion de facto et consentement à participer à ce plan de développement agricole dédié à la betterave sucrière tout en émettant quelques réserves et craintes, car ils ont été échaudés auparavant, a-t-on relevé. «Biskra est essentiellement le fief de la datte par excellence, mais elle a relevé le défi de devenir le potager national puisqu’elle alimente en fruits et légumes la majorité des wilayas du pays. Nous participerons à ce programme visant à produire un quota de betteraves sucrières», a assuré M. Benbouzid, président de la Chambre de l’agriculture.

Des agriculteurs n’ont pas manqué l’occasion pour rappeler les déconvenues et difficultés survenues lors de lancement d’autres dispositifs étatiques relatifs, par exemple, à la culture de la tomate ou de la pomme de terre à Biskra. «Nous allons prendre part à ce programme et y consacrer des hectares de terre.

Seulement, nous craignons de nous retrouver avec notre production de betteraves sucrières dans les bras et sans débouchés comme ce fut le cas pour les producteurs de tomate et même de pomme de terre qui ont vu leurs productions être vouées à la dégradation, induisant des pertes colossales faute d’unité de transformation. Nous espérons que cette fois les fonds investis pour ce programme reviendront à qui de droit, car on vante à longueur d’année les prouesses de l’agriculture à Biskra, mais les subventions allouées vont étrangement ailleurs», a lancé un fellah.

Espérant que ce programme de développement de la culture de la betterave sucrière soit concrétisé «selon un strict cahier des charges pour chaque partenaire et que la réussite pour le bien de tous et du pays soit l’objectif commun à atteindre», beaucoup d’agriculteurs ont montré un engouement et un sens des affaires de bon aloi, a-t-on noté.

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