samedi 19 juin 2021

Face à la Grave crise socioéconomique : Les Tunisiens contraints d’ignorer le danger de la pandémie

Lamentations de tous les acteurs, industriels, commerçants et employés. Montée du chômage et recul de la peur de la pandémie derrière le besoin de gagner son pain.

Le taux de chômage a atteint 17,8% durant le 1er trimestre 2021, contre 15,1% une année plus tôt. Le nombre de chômeurs déclarés a grimpé à 742 000, après 634 000 à fin mars 2020, sur une population active de 4 170 000 personnes, représentant 47,5% de la population générale. Ces chiffres de l’Institut national des statistiques (INS) ne tiennent d’ailleurs pas compte des pertes d’emplois dues à la Covid, estimées à 200 000 autres chômeurs. La Tunisie n’arrive pas à surmonter la crise, aggravée par la pandémie de coronavirus.

Pleine crise

Hamadi est un gérant de café au centre-ville de Sfax, la grande ville du Sud tunisien. A l’image des 40 000 professionnels du secteur en Tunisie, Hamadi est en pleine débandade depuis mars 2020 et le début de la pandémie. «J’ai été obligé de renvoyer progressivement mes cinq employés. J’ai travaillé seul durant plusieurs mois, pour parvenir à gagner de quoi vivre et payer mon prêt bancaire», explique Hamadi, qui précise avoir un retard de paiement de loyer de six mois et risque d’être renvoyé par le propriétaire des lieux, avec la menace de perte de son fonds de commerce.

La situation de Hamadi traduit l’état des lieux chez les cafetiers, restaurateurs et autres propriétaires de magasins de vêtements ou de produits artisanaux. Lesquels secteurs réunissent près de 80 000 commerces et 350 000 employés.

Le gouvernement de Hichem Mechichi a promis, en avril 2020, d’ouvrir une ligne de crédits à l’intention de ces professionnels, avec la garantie de l’Etat. Mais le secteur bancaire n’a pas suivi.

La crise des cafetiers, des marchands de vêtements et du commerce en général s’est amplifiée suite au dernier Ramadhan (avril/mai 2021), sur lequel les professionnels avaient tablé pour remonter la pente. Mais, la décision de confinement général pour la semaine de l’Aïd (09-16 mai) avait estompé leurs espoirs. «J’ai emprunté de l’argent et j’ai acheté plein d’accessoires pour l’Aïd.

Mais le confinement général m’a mis KO. Un manque à gagner insurmontable !» explique Lotfi, tout en reprochant au gouvernement de n’avoir rien fait pour le petit peuple, afin de l’aider à faire face à la crise. «Hormis les 200 dinars (60 euros) distribués par le gouvernement en avril 2020, rien n’a été fait pour tout le monde, y compris pour les industriels. Quelques facilités ont été octroyées à travers les banques, via des lignes de crédits étrangers», poursuit ce petit commerçant d’accessoires et de vêtements, qui constate que «le commerce tourne très lentement et les professionnels ne disposent pas d’argent pour renouveler leurs stocks ; leurs épargnes s’étant évaporées après 15 mois de crise».

Inquiétude

Le dernier baromètre du mois de mai dernier, effectué par Emrhod Consulting auprès d’un échantillon représentatif de la population tunisienne, a révélé que l’inquiétude par rapport à la Covid-19 a régressé de 74% en juillet 2020 à 47% en mai 2021. Nabil Balaâm, le manager d’Emrhod, explique ce résultat par le fait que «les Tunisiens ne se permettent plus de s’inquiéter de la Covid, alors que leurs poches sont vides».

Balaâm attire, par ailleurs, l’attention sur le fait que «le taux d’épargne national déclaré s’est effondré en dix ans, en passant de 21,1% du PIB à 6,4% seulement, traduisant le manque de confiance des Tunisiens, aussi bien dans le système bancaire que dans l’investissement dans leur pays». Ces chiffres sont très bas par rapport à l’Algérie et l’Egypte, qui enregistrent respectivement 46% et 18%. Par ailleurs, le taux d’investissement par rapport au PIB a reculé en Tunisie de 24,6% en 2010 à 13,3% en 2020, traduisant la baisse d’attractivité de l’économie tunisienne.

C’est avec des ratios économiques et financiers médiocres, en plus de la division politique, que la Tunisie affronte ses discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) et les autres bailleurs de fonds et établissements financiers internationaux, en vue de chercher à redresser son économie. Les résultats sont jusque-là très approximatifs. Les rares aides obtenues sont accompagnées d’un mécanisme de gestion, exigé par les donateurs, qui met les fonds directement entre les mains des opérateurs économiques, comme les 500 millions de dollars de l’USAid et les 300 millions d’euros de l’Union européenne.

Les bailleurs de fonds ne veulent plus injecter de l’argent pour le voir finir dans la gestion énormément onéreuse de cet Etat tunisien post-révolution. Cela veut dire que les gouvernants en Tunisie n’arrivent pas encore à trouver de quoi boucler leur budget 2021. Et le trou est estimé à 17 milliards de dinars tunisiens (six milliards de dollars) soit près du tiers du budget, voire plus puisque les recettes budgétaires sont jusque-là inférieures à celles prévues.

 

Mourad Sellami

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