vendredi 25 juin 2021

«El Batima», au bord de la RN44, mais sinistrée

Au bord de l’artère névralgique de la wilaya d’El Tarf, la RN44, à mi-chemin entre l’aéroport de Annaba et Ben M’hidi, se dresse, tout juste en deçà de la chaussée barrée par une série de ralentisseurs pour ne pas déroger à la règle générale, une cité qu’on reconnaît à ses HLM hideux à la peinture écaillée flanquée au rez-de-chaussée de commerces clochardisés.

À côté, le lotissement d’habitations individuelles inachevées cache un bidonville qui, comme le Phénix, renaît de ses cendres à chaque fois qu’il est rasé. C’est un lieu-dit «El Batima», une agglomération de la commune de Chatt, daïra de Ben M’hidi. On a donné à cette localité sans âme le nom d’un valeureux chahid d’El Kous (ex-Germain), tombé au maquis en 1959 à 27 ans laissant une veuve et 4 orphelins en bas âge : Ali Khemiri.

On devrait réfléchir deux fois avant d’attribuer des noms de martyrs de la guerre de Libération ou alors veiller scrupuleusement à ce que leur mémoire ne soit pas profanée par des images dévalorisantes.

En effet, des résidants du lieudit El Batima, qui compte un millier de familles, nous ont fait part de la situation épouvantable qu’ils vivent depuis des années. En dépit du fait qu’ils se trouvent au bord d’une route des plus fréquentées du pays, ils n’ont pas d’eau, pas de gaz et pas approvisionnés en bonbonnes, avec de fréquentes coupures de courant comme partout, mais ils sont menacés par les risques que fait courir à la santé, celle des plus petits particulièrement, l’insalubrité avec ces ordures ménagères qui ne sont pas collectées et qui s’accumulent sur les trottoirs à côté des ruisseaux des eaux usées qui fuient des conduites éclatées.

Et cela dure depuis deux décennies. «Les déblais des bidonvilles, rasés il y a trois ans dans le cadre d’un relogement de 100 familles, toujours sur les lieux, ont été envahis par les rats et les serpents», nous racontent nos interlocuteurs, visiblement très inquiets de cette proximité d’animaux dangereux. Sur un axe routier où circulent des milliers de véhicules par jour, ils n’ont pas de transport et ils doivent payer 600 DA pour emmener leurs malades aux hôpitaux de Annaba, qui se trouve à 10 km. «Inutile de parler de structures éducatives, de loisirs et de sport», nous disent encore les habitants. «Cependant, tout cela n’est rien devant l’insécurité qui constitue les plus grands dangers pour les familles», affirment encore nos interlocuteurs. Un danger de mort.

En plus de l’absence sur les lieux des services techniques, de fonctionnaires de l’administration, il n’y a surtout pas de poste de police ou de brigade de gendarmerie, un vide inexplicable qui a laissé le champ libre à l’implantation de bandes de criminels, de délinquants et de spéculateurs qui ont la haute main sur le commerce illicite et celui des stupéfiants. Ils en ont fait une plaque tournante de trafic en tous genres qui n’a pas manqué d’entraîner les plus jeunes, les chômeurs et les plus faibles. La peur des représailles est telle, nous dit-on, que nul n’ose dénoncer ce qui se passe.

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