mardi 22 juin 2021

Droits de l’homme : Des avocats s’alarment de la «criminalisation» du hirak

Les avocats impliqués activement dans la défense des détenus d’opinion ont vivement dénoncé, hier à Alger, les «violations» répétées des droits de l’homme en Algérie, alors que le régime intensifie sa campagne de répression du hirak à l’approche des législatives du 12 juin prochain. «Le régime a intensifié sa politique répressive contre le hirak. Nous assistons récemment à des tentatives d’intimidation ciblant des militants qui sont le cœur battant du hirak. Nous devons tous dénoncer ces pratiques qui constituent une dérive.

Il n’y a pas plus dangereux que les atteintes à la dignité humaine», s’est indigné Me Abdeghani Badi, lors d’une conférence de presse, animée au siège de SOS-Disparus.

A l’approche des législatives, les autorités continuent de cibler opposants politiques, militants, journalistes et internautes, multipliant poursuites judiciaires et condamnations. «La justice est impliquée dans la confiscation des droits fondamentaux des citoyens, garantis par la Constitution. Le hirak est criminalisé alors qu’il est consacré par la Constitution», a-t-il encore dénoncé, rappelant que 156 détenus d’opinion croupissent toujours dans les geôles algériennes pour des faits liés au hirak ou aux libertés individuelles.

Interrogé au sujet de la demande du ministère de l’Intérieur de déposer une déclaration pour autoriser les marches du hirak à Alger, l’avocat a souligné que les Algériens, qui vivent un «processus révolutionnaire», n’ont pas besoin d’accéder favorablement à la demande du ministère de l’Intérieur. Il a appelé ce dernier à actualiser la loi réglementant les manifestations publiques avec la Constitution, qui garantit, selon lui, le droit de manifester.
De son côté, Me Mustapha Bouchachi n’a pas caché son indignation face à la dégradation continue de la situation des droits de l’homme. «Nous enregistrons de graves violations à huis clos des droits des citoyens ces deux dernières semaines», a-t-il fustigé, évoquant des arrestations «arbitraires» de citoyens, parfois en pleine rue à Alger, alors que les habitants de Kabylie sont presque interdits d’accéder à la capitale, notamment le jour des manifestations hebdomadaires, et arrêtés de manière «discriminatoire». «Les arrestations, opérées par les forces de l’ordre, sur ordre du régime, sont illégales (…).

L’appareil judiciaire et sécuritaire est au service d’un régime dictatorial», a-t-il dénoncé, relevant que «seul le régime est responsable» de cette situation. Face aux atteintes des droits de l’homme, Me Bouchachi a lancé un «appel de détresse» et exhorté la classe politique et les syndicats à dénoncer des pratiques «impunies». Selon lui, cette répression des manifestations du hirak est accompagnée d’un black-out médiatique.

L’ancien président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme a aussi jugé «anticonstitutionnels» les procès à distance des détenus d’opinion, décidés par les autorités à cause de la crise sanitaire. Pour sa part, Me Nabila Smaïl a fait part de «graves dépassements et violations» des droits fondamentaux et des libertés collectives et individuelles des Algériens. «Nous vivons une situation périlleuse. Le régime emploie l’appareil judiciaire pour réprimer les Algériens qui aspirent à exercer leurs droits, pourtant garantis par la Constitution. La justice est devenue un danger pour l’Etat», a-t-elle mis en garde.

Au chapitre des «violations» des droits humains, l’avocate a cité les arrestations «arbitraires» lors des manifestations du hirak et la récente réquisition du wali d’Alger aux forces de l’ordre pour réprimer les manifestations du mouvement populaire. «Pourtant, il n’y a aucun trouble à l’ordre public», a-t-elle argué, appelant les citoyens, victimes de violences policières ou d’atteinte à leurs libertés à déposer plainte.

La conférencière a qualifié de «catastrophique» la santé des détenus d’opinion, dont le nombre ne cesse d’augmenter, et ils sont privés, selon elle, du droit au panier.

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