mardi 15 juin 2021

Des navires en rade et des centaines de conteneurs en attente de déchargement : Le port d’Alger totalement saturé

Le port d’Alger, une des plus importantes entreprises portuaires commerciales du pays, est totalement saturé. Toutes ses aires de stockage affichent complet. Depuis la fermeture par la Direction générale des Douanes, le 28 mars dernier, des ports secs, l’entreprise peine à trouver des espaces pour débarquer les conteneurs et éviter les longs séjours en rade.

Des sources portuaires affirment que depuis une quinzaine de jours, 6 navires transportant quelque 6500 conteneurs sont en attente de débarquement de leurs marchandises et qualifient la situation d’«inquiétante». Selon nos interlocuteurs, celle-ci ne fait que se compliquer. Le MV Tamanrasset, battant pavillon algérien, à son bord quelque 650 conteneurs, est bloqué à quai depuis plus d’une dizaine de jours. Faute d’espace de stockage, l’opération de déchargement de la marchandise a été limitée à 50 conteneurs par jour. A ce rythme, il faudra plus d’un mois au navire pour achever le débarquement des conteneurs à son bord.

D’autant que l’Entreprise portuaire d’Alger et l’émirati DP Wolrd ont pris la décision d’annuler le travail imposé par les autorités durant la nuit, les week-ends et les jours fériés, en raison de la saturation des aires de stockage. Le navire Anisfer Line, qui a accosté le 12 mai, a mis plus de dix jours pour entamer les opérations de chargement du vide (conteneurs), et ce, après un interminable déchargement, dû au manque d’espace, pour réceptionner les conteneurs.

Pour les professionnels, «c’est une catastrophe, voire une gestion criminelle qui impacte lourdement l’économie du pays». En effet, selon eux, la congestion des ports affecte lourdement les délais des procédures douanières, en raison des attentes importantes de la programmation des visites et enlèvement pouvant dépasser plusieurs jours. «Cette congestion entraîne une immobilisation des camions pour passage au scanner pouvant atteindre plusieurs jours et impacte également la situation des parcs à vide, résultant de la limitation des retours des conteneurs vides par navire, afin de réduire le séjour à quai ; ce qui se traduit par une augmentation importante des coûts des surestaries mais aussi des délais de transit. Il faut savoir que les frais du fret maritime ont connu une hausse importante. Le coût de l’attente en rade a augmenté pour atteindre les 100 dollars par conteneur de 20 pieds, coût de ce qu’on appelle la surcharge d’attente en rade. Les frais logistiques ont eux aussi triplé en termes de magasinage et surestaries, et toutes ces augmentations tarifaires et extras coûts sont répercutés par les clients aux consommateurs algériens (…). La situation devient de plus en plus inquiétante, avec le retour des conteneurs frigorifiques médicaments inclus, qui restent à bord des navires en raison de l’absence d’installations suffisantes. Ce qui induira des conséquences néfastes sur l’économie du pays», explique un professionnel du transport maritime, qui estime le préjudice financier engendré par la fermeture des ports secs, publics et privés, «à près d’un milliard de dollars en deux mois». Ce qui est énorme, souligne t-il.

Des sources douanières affirment, quant à elles, que la trentaine d’entrepôts publics existants et vers lesquels les conteneurs sont dirigés ne répondent pas aux normes de stockage. «La majorité est située dans des endroits très difficile d’accès, n’est pas dotée d’équipement ni de moyens humains. Seuls deux agents des Douanes y sont affectés pour inscrire sur un registre, dit 208, l’entrée et la sortie de la marchandise, sans contrôle. Il s’agit, dans la majorité des cas, de marchandises non déclarées dans les 21 jours qui suivent son débarquement, et souvent elles sont suspicieuses.

Le contrôle doit se faire par un inspecteur de visite, qui doit se déplacer en personne, alors que pour les ports secs, des brigades douanières étaient affectées sur place pour toute la procédure de visite», révèle nos interlocuteurs. Aujourd’hui, ces derniers réclament «une enquête rapide» sur ce qu’ils qualifient de «démarche irresponsable», et d’y «mettre un terme».

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