samedi 19 juin 2021

Culture : L’écrivain Khaled Boudaoui rencontre son public

Jeudi dernier et hier samedi, Khaled Boudaoui, auteur de deux romans Vivre en deux mois (2019) et Paria d’hier, notable d’aujourd’hui (2020), édités à nombre 7 éditions (France) a rencontré son public, respectivement à la bibliothèque des sœurs blanches (rue Khemisti) et au local de l’association Bel Horizon (Miramar).

Nous avons déjà, dans ces mêmes colonnes, croqué le portrait de Khaled Boudaoui ( https://www.elwatan.com/edition/culture/litterature-un-battant-nomme-khaled-boudaoui-26-07-2020), cet ancien journaliste arabophone qui, depuis qu’il s’est découvert atteint d’un mal, a décidé de ne pas baisser les bras, et de continuer, coûte que coûte, à croquer la vie à pleines dents et relever les défis, les uns plus audacieux que les autres, afin de transcender l’ordre établi et se surpasser soi-même.

C’est justement dans cette optique qu’il s’était décidé à se lancer dans l’écriture romanesque, en français qui plus est, une langue qu’il ne maîtrise pas forcément, ayant toujours écrit en arabe. «Ma façon de travailler est toute simple, nous explique-t-il. Je pense en arabe puis j’écris en français avec des tournures arabes. Je passe ensuite beaucoup de temps à reformuler les phrases, les peaufiner jusqu’à ce que le texte soit potable».

Il ne va pas sans dire, en effet, qu’avant de s’acclimater à cet exercice littéraire, Khaled Boudaoui a dû préalablement s’adonner à une lecture intensive d’ouvrages, de Maupassant à Hemingway, ce qui a fini par lui forger un style qui lui est propre. Paria d’hier, notable d’aujourd’hui, son dernier opus, raconte une histoire qui se déroule durant la décennie noire, dans un bourg perdu à Relizane.

Khaled Boudaoui parvient au tour de force de nous faire revivre cette époque-là par le biais de Tayeb, le personnage principal, un pestiféré qui, las de subir, à longueur de journée, les insultes et le mépris de ses semblables, et à la suite d’un évènement inattendu, ne trouve d’autre échappatoire que rejoindre le maquis au sein d’une organisation de terroristes islamistes. D’une écriture limpide, Khaled Boudaoui nous plonge d’emblée dans «l’ambiance» qui prévalait à cette époque, celle de la fureur et du bruit, mais où perlaient néanmoins des scènes de vie légères et où l’humour (noir) était toujours de mise.

En à peine 109 pages, l’auteur raconte une histoire s’étalant sur plusieurs années, de la décennie noire jusqu’à l’arrivée du hirak en 2019, avec les tribulations de Tayeb, d’abord pestiféré, puis terroriste sanguinaire et enfin «repenti» très à cheval dans le monde des affaires et ne s’embarrassant d’aucun scrupule pour corrompre ses semblables. «A cette époque (ndlr : les années 1990), j’étais lycéen, et j’en ai gardé un traumatisme.

Aussi écrire sur ce sujet a été pour moi une double thérapie, non seulement pour expier cette douleur ravageuse qui nous a tous touchés en cette décennie-là, mais aussi une manière, plus personnelle, de faire face à ma maladie», témoigne-t-il en ajoutant qu’avec la fermeture des frontières, en mars 2020, ne pouvant aller en France pour recevoir les soins nécessaires, son état de santé s’est dégradé, et seule l’écriture lui a servi de tremplin, une manière de toujours se battre et de s’en tenir à un objectif. «Mon personnage a deux maladies incurables : il est en proie assez souvent à une violente crise d’épilepsie mais une autre, en rapport avec la société qui le rejette. C’est ce rejet qui l’a poussé à aller s’acoquiner avec les fanatiques et les extrémistes».

Le roman est disponible en Algérie, pour le moment dans trois librairies d’Oran : Abdelkader Alloula (boulevard de la Soumam), le Développement (boulevard Charlemagne) et la bouquinerie Livre de sable (avenue Max Marchand), il devra bientôt l’être à Alger dans les bonnes librairies.
Khaled Boudaoui ne s’en tient d’ailleurs pas qu’à l’écriture : chaque année, ou presque, il répondait présent au marathon de Paris pour courir au nom de tous les cancéreux.

Cette année, ne pouvant y aller à cause de la pandémie, il a décidé ni plus ni moins de monter sur scène au théâtre régional d’Oran, le 10 mars, pour rendre hommage à Abdelkader Alloula à l’occasion de la commémoration de la 27e année de sa disparition. «J’ai trouvé refuge dans une troupe théâtrale, en compagnie de comédiens qui m’ont beaucoup encouragé. Ainsi, monter sur les planches a été pour moi une nouvelle thérapie», dit-il. Ce jour-là, on s’en souvient, le public, venu nombreux, a longuement salué sa performance.

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