samedi 19 juin 2021

Ces épidémies qui ont marqué l’histoire de l’humanité

« Les grandes épidémies ont bouleversé l’histoire de l’humanité. Il y en a eu pratiquement une par siècle », informe le Dr Jean-Piere Dedet, médecin et microbiologiste, professeur émérite de la Faculté de Médecine de Montpellier et membre titulaire de l’Académie des Sciences d’outre-mer*. Citons ainsi la peste au XIVème siècle qui a réduit de moitié la population de l’Europe Occidentale en 5 ans, la syphilis à la Renaissance, le choléra au XIXème siècle avec 7 pandémies à partir de 1817, et, au XXème siècle, la grippe (grippe espagnole qui a fait entre 20 et 50 millions de morts, la grippe asiatique, la grippe de Hong-kong)… « A partir du moment où nous avons connu la microbiologie à la fin du XIXème siècle, l’arrivée des antibiotiques et des vaccins, il y a eu moins d’épidémies et l’Homme s’est senti maître des maladies infectieuses. En 1980, l’épidémie de sida, première épidémie moderne, a rappelé qu’il y aura toujours des épidémies et qu’il faut vivre avec », enseigne le Dr Dedet.

Pourquoi des épidémies ?

Ce spécialiste explique que « dans toutes les épidémies, il y a ce que Max Sorre a appelé le complexe pathogène : une interaction entre le microbe, les hôtes (humains ou animaux) et l’environnement externe« .

Un exemple parlant : l’épidémie de choléra au XIXème siècle. « Le choléra sévissait juste en Inde. L’éruption cataclysmique d’un volcan indonésien en 1815 suivie d’une année de pluies diluviennes ont changé l’écologie des grands fleuves. Le bacille du choléra qui se trouvait dans la boue des grands fleuves a été modifié génétiquement. Il a commencé à atteindre les populations locales qui n’étaient plus immunisées contre ce variant. Il se trouve que c’est l’année où les armées de la Compagnie des Indes Orientales ont parcouru l’Inde, ce qui a disséminé le choléra, raconte le Dr Dedet.

Le comportement humain joue d’une façon remarquable et change le visage des épidémies. Par exemple, dans la syphilis ou dans le sida ce sont des comportements sexuels qui ont propagé l’épidémie, dans les zoonoses (maladies de l’animal qui se transmettent à l’homme) c’est le comportement humain qui entraîne le franchissement de la barrière d’espèce », détaille-t-il. Et de citer l’exemple d’Ebola ou du SIDA, deux maladies liées, à l’origine, à la consommation de viande de brousse dont les animaux étaient malades. « Les voyages en train, en avion ont permis aux maladies infectieuses de se répandre plus vite et plus largement », précise ce spécialiste.

Prévenir les épidémies, essentiel

« Avec plusieurs milliers de micro-organismes pathogènes pour l’homme et les modifications que l’homme impose (réchauffement climatique, déforestation) qui modifient les complexes pathogènes sauvages, il y a toujours des épidémies en réserve. C’est pourquoi une surveillance est importante », indique le Dr Jean-Pierre Dedet.

Celle-ci est basée sur le règlement sanitaire international mis au point par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1951. Ce règlement destiné à surveiller la naissance des épidémies et à homogénéiser les réponses au niveau mondial a permis le programme d’éradication de la variole. « Cependant, cette surveillance n’est efficace que dans la mesure où tous les états jouent le jeu et déclarent précocement la naissance d’une épidémie. L’épidémie de Covid actuelle a fait voir les failles de ce règlement et le besoin de réformer ce système de contrôle sanitaire international », souligne le Dr Dedet.

*Auteur de Les épidémies, De la peste noire à la Covid-19, Editions Dunod, 2021

Lire aussi :

简体中文 简体中文 English English Français Français Italiano Italiano Русский Русский Español Español