vendredi 16 avril 2021

Aux origines du peuplement de l’Afrique du Nord (4e partie et fin)

L’écriture libyque

Les premières formes d’écriture sont apparues en Irak et en Égypte  aux environs de 3500 ans avant J.-C, les cunéiformes (en forme de tête de clous) en Mésopotamie et les hiéroglyphes (écriture sacrée) en Égypte. Le libyque, qui a donné le tifinagh quant à lui remonte au moins au dernier millénaire avant J.-C. Tout comme la filiation anthropologique du berbère, la filiation linguistique a connu aussi un débat similaire. Avant que les recherches de la préhistoire et de la linguistique ne soient associées, conjuguées, l’apparentement de l’écriture libyque a été affilié aux origines hiéroglyphiques, à des alphabets sud-arabiques, grecs, ibériques, voire phénicien-puniques…[1] Et si encore cette écriture ne venait pas d’ailleurs ?

L’hypothèse d’emprunt à l’alphabet phénicien ou punique de l’écriture libyque berbère avancée par quelques linguistes est réfutée par le couple Hachi-Chaker[2]. Ces derniers,  relèvent une différence de taille dans l’essentiel des formes, dans l’orientation de l’écriture et dans ses usages. Ils pensent que « les matériaux nécessaires à l’émergence de l’alphabet libyque ont été rendus disponibles, à haute époque, par le mouvement de schématisation et de stylisation à base géométrique caractérisant l’art rupestre pré- et protohistorique dès la période caballine »[3]. De nombreux préhistoriens qui ont travaillé sur l’art rupestre plaident aussi pour une origine autochtone, espèce d’une genèse locale (M. Hachid, 2007) . Et un lien est fait entre le libyque et l’art rupestre notamment dans sa phase finale, celle de la schématisation (I. Amara, 2006).

Conclusion

En raison du manque de recherches, des hiatus de nature anthropologique ou culturel, furent établis par le passé dans le chaînon humain d’Afrique du Nord, avant de les combler justement avec de nouvelles données. On a longtemps admis par exemple que l’homo-sapiens d’Afrique du Nord, contemporain du Cro-Magnon d’Europe, n’a pas évolué sur place et qu’il est venu d’ailleurs, jusqu’à ce que l’on découvre sa filiation avec l’Atérien, c’est-à-dire l’homme de Dar Soltan, un autre Sapiens archaïque, plus ancien que l’homo sapiens d’Europe.

On a longtemps aussi admis que le Mechtoide n’a pas produit un art figuratif comme l’ont fait ses contemporains ailleurs. Ce déficit est vite comblé avec les découvertes des figurines en terre cuite, datées d’environ de 15 000 à 16 000 ans à Afalou (Bejaia) en 1985 par l’équipe du préhistorien S. Hachi.

Comme on vient de le voir tout au long de cet article, notre histoire est profonde comme l’atteste les récentes découvertes d’abord celle de  Ain Bouchrit (Sétif) qui fait remonter la présence humaine en Afrique du Nord à l’aube de l’humanité. Ensuite, celle d’Adrar Irhoud qui consacre l’homme de Jbel Irhoud comme le plus ancien homo-sapiens connu du monde. Depuis la nuit des temps, l’homme amazigh ne cesse donc d’être là, en Afrique du Nord  et se trouver justement là où il faut être pour contribuer à l’évolution de l’humanité. Il a inventé l’arme de jet, en créant un pédoncule à son outil qui a permis son emmanchement. Il est artiste. Il est auteur d’abord de l’art figuratif sur l’argile cuite puis de l’art pariétal du Sahara, ce chef-d’œuvre, cette bibliothèque à ciel ouvert, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco… Il a inventé l’écriture libyque, une des plus anciennes formes d’écritures au monde qui remonte au moins à 3000 ans.

La méconnaissance du passé a fait que le peuple amazigh s’est véritablement identifié à tout sauf à lui-même. Connaître donc son histoire, l’assumer pleinement en s’identifiant, cela permettrait de gérer son présent et son avenir.

 

Bibliographie 

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https://science.sciencemag.org/content/362/6420/1297.long

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[1] Karl-G. PRASSE, 1972, Manuel de grammaire touarègue (tahaggart), I., Copenhague, Editions de l’Université ; “ Ecriture ”, p. 161.

[2] S. HACHI et S. Chaker, 1999, « A propos de l’origine et de l’âge de l’écriture libyco berbère », in Études berbères et chamito-sémitiques, Paris, Peeters, p. 109.

[3] Ibid., p.109.

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