samedi 19 juin 2021

Alors que la pandémie de la Covid-19 a accéléré la digitalisation de l’économie mondiale : L’Algérie à contre-courant de la révolution numérique

Le monde a résolument mis un pied ferme dans une nouvelle ère, celle de la révolution numérique où les technologies de l’information règnent en maître. La crise sanitaire, qui a bouleversé les règles économiques mondiales, a agi comme un accélérateur sur le domaine du numérique en boostant l’utilisation des technologies de l’information et la communication.

 

Durant le confinement, le télétravail est apparu comme une nécessité permettant aux entreprises de continuer à fonctionner malgré les restrictions sanitaires en vigueur partout dans le monde. Internet, qui avait déjà pris une place importante dans la vie des personnes, est devenu la fenêtre ou pratiquement le seul moyen de garder un lien entre individus.

Pour les entreprises, l’occasion d’expérimenter les réunions à distance a été un véritable succès. L’application Zoom a connu son heure de gloire durant cette pandémie et continue à être utilisée par nombre d’entreprises découvrant les vertus du télétravail. Les webinaires ont remplacé les classiques et coûteux séminaires et conférences (au grand dam des prestataires de services et autres structures hôtelières et salles de réunion), de même que les commerces en ligne ont connu un véritable boom. Nul étonnement d’ailleurs de voir Amazone, Alibaba, pour ne citer que ces géants de la distribution et vente en ligne, ou encore les réseaux sociaux, réaliser les plus grands chiffres d’affaires, dépassant de loin les résultats financiers des majors pétrolières.

L’Hébergeur de noms de domaines «domain.ME» a enregistré en juillet 2020 une hausse de 28,5% du nombre de sites Web développés, alors que les sites de commerces électroniques ont augmenté de 85,36%. A la fin de l’année écoulée, le nombre de noms de domaines enregistrés a connu une augmentation, constate l’hébergeur et indique que les wébinaires ont augmenté de 19,23%, les cours en ligne de 13,26% et l’apprentissage en ligne de plus de 16%.

La société d’hébergement Web IONOS enregistre elle aussi un engouement certain pour la création de sites et noms de domaines en ligne depuis la pandémie Covid-19. Ce que la pandémie a provoqué c’est une obligation d’existence en ligne pour les entreprises, toutes les entreprises, car le grand public, lui est connecté et la technologie fait désormais partie de son quotidien, qu’il s’agisse de maintenir le contact entre membres de la famille ou amis, ou pour effectuer son travail et même faire ses emplettes. Tout se fait par internet et même dans des pays, comme l’Algérie où le débit internet est très faible.

Un engouement pour les métiers du digital

«Malgré quelques couacs liés à la qualité de la connexion, la pandémie a fait basculer, sans encombre, les internautes algériens de l’ère de l’internet de divertissement vers celle de l’internet utile. Nous avons assisté en 2020 à un foisonnement d’applications et de solutions digitales dans les secteurs du e-commerce, le transport, la livraison de produits alimentaires et des repas, notamment. La pandémie a été une excellente occasion pour les entreprises qui se sont lancées pour jauger les travers mais aussi les opportunités qu’offre le business en ligne. L’année 2020 était aussi une phase d’apprentissage nécessaire avant que le marché ne fasse sa décantation», nous dit Nassim Lounes, General Manager de med&com et vice-président du Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN). Cette évolution a été dictée par l’exigence de l’heure et non pas par un environnement favorable à l’émergence d’un marché en ligne.

«Le digital patauge depuis des années dans un environnement non adapté à sa nature transversale qui nécessite l’édification d’un écosystème capable d’assurer l’épanouissement de ce secteur qui doit être la colonne vertébrale du développement économique», explique Nassim Lounes, qui soutient que des mesures sont prises pour donner l’illusion que l’Algérie est sur la voie de la digitalisation en citant la numérisation de l’administration, le lancement de l’e-paiement et sa généralisation récente et récente aux webmarchands, l’installation d’un ministère dédié aux start-ups et à l’économie de la connaissance. «De petits pas dans la digitalisation qui ne cadrent pas avec les exigences d’un secteur promu au rang de priorité dans la stratégie de diversification économique prônée par le gouvernement. Nous ne pouvons préjuger de la volonté, réelle ou feinte, des pouvoirs publics de donner un coup de boost à ce secteur. Mais force est de constater que ces initiatives sont sans consistance tant que le secteur n’est pas libéré de la bureaucratie dans laquelle il est enfermé et qu’on entretient les verrous qui maintiennent le secteur des télécoms,-qui a besoin aussi d’opérer sa transformation-, dans une profonde léthargie», estime notre interlocuteur. Les grands pas sont par contre effectués par de jeunes promoteurs et concepteurs d’applications en ligne qui ont conscience que le marché numérique est très porteur et prometteur.

«150 millions d’emplois dans les nouvelles technologies au cours des cinq prochaines années»

Selon les chiffres du Digital 2021 de Datareportal, avec 26,35 millions d’internautes en Algérie (en hausse de 3, millions entre 2020 et 2021), une pénétration internet est évaluée à 59,6% en janvier 2021 ; 25 millions d’utilisateurs de médias sociaux, soit 56,5% de la population algérienne (en hausse de 14% entre 2020 et 2021), et, bien entendu, un nombre de connexions mobiles de l’ordre de 46,82 millions (105% de la population), le marché en ligne présente bien des avantages pour ceux qui savent l’appréhender.

La société algérienne évolue à un rythme plus rapide que les lois et le mode de gouvernance encore figé dans des pratiques bureaucratiques désuètes. «Il y a un réel engouement pour la formation dans le digital. Cet engouement a été possible grâce à l’urgence de la transformation digitale dans les entreprises algériennes et aussi c’est devenu une compétence nécessaire sur le marché de l’emploi», témoigne Abdennour Lounas, gérant de l’école de formation en communication visuelle, du graphisme et du numérique.

Un rapport, «Jobs on the Rise», livré par le service en ligne dédié aux entreprises et à l’emploi LinkedIn, les tendances de travail pour l’emploi en 2021 révèlent que les postes vont être réalisés à distance. Cette étude prévoit la création de 150 millions d’emplois dans les nouvelles technologies au cours des cinq prochaines années, alors que le Forum économique mondial prévoit que 84% des employeurs privilégieront le télétravail. «La révolution numérique signifie un changement de carrière pour de nombreuses personnes… celles possédant de solides compétences numériques auront un avantage significatif sur le marché du travail.»

Le même rapport révèle également une multiplication par quatre du nombre de personnes à la recherche d’opportunités d’apprentissage en ligne, une multiplication par cinq de l’offre d’apprentissage en ligne par les employeurs et une multiplication par neuf du nombre d’apprenants en ligne accédant à ces programmes par le biais d’initiatives gouvernementales. «Les chômeurs se sont davantage concentrés sur l’acquisition de compétences numériques, telles que l’analyse de données et les technologies de l’information», indique l’étude en notant que le télétravail ouvrira des opportunités d’emploi pour les demandeurs ne résidant pas dans les grands centres urbains, notamment dans le domaine des ventes, des médias sociaux, de la rédaction et des coachs de vie. «Si la première révolution industrielle a mécanisé la production avec de l’eau et de la vapeur, la deuxième a utilisé l’électricité pour alimenter la production de masse, et la troisième a mis à profit la technologie de l’information pour l’automatisation, la quatrième révolution en présence, les technologies fusionneront et brouilleront les frontières entre le physique et le numérique, le tout soutenu par l’IOTA, l’IA, les communications 5G et d’autres technologies avancées», prédit Klaus Schwab, président exécutif du WEF.

Libre circulation des données en toute sécurité et gouvernance plus flexible sont les règles maîtresses d’un développement numérique pérenne et rapide, selon le WEF. Rater la quatrième révolution, c’est rater le passage vers un futur pour lequel se battent aujourd’hui les grandes puissances via leurs géants technologiques. Nul besoin de préciser que l’ère du digital exige compétence, transparence et bonne gouvernance. Un triptyque qui n’est malheureusement pas encore dans l’ordre des priorités de l’heure en Algérie.

 

> Par Nadjia Bouaricha

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