mardi 22 juin 2021

Alimentation en eau à Oran : Les stations de dessalement sauvent la mise

Oran, l’alimentation en eau potable est assurée actuellement à hauteur de près de 70% par les ressources non conventionnelles, c’est-à-dire grâce aux stations de dessalement d’eau de mer.

Le chiffre communiqué par Oussama Heleili, le directeur général de la Société de l’eau et de l’assainissement d’Oran (Seor), responsable de la distribution, rend compte de cette dépendance vis-à-vis de cette technologie qui permet de produire de l’eau potable à partir de l’eau de mer, qui s’est finalement avérée salutaire.

La dépendance est fluctuante et il est arrivé qu’on enregistre des pics atteignant les 85%, précise-t-on à ce sujet. Il faut juste faire avec les aléas de cette industrie qui exige des arrêts techniques pour la maintenance préventive, curative ou de procédures qui changent, etc. Des arrêts qui, hormis ceux conjoncturels pour travaux, contraignent la Seor à adopter des régimes de distribution d’un jour sur deux, comme cela a été le cas récemment pour toucher 49% des ménages, suite à la baisse de production de la méga station d’El Mactaa (qui fournit également la wilaya de Mascara).

Un retour graduel à un fonctionnement normal de cette station a permis de revenir à une distribution en H24 au profit de 93% des ménages. Alors que les besoins en eau exprimées par la wilaya d’Oran s’élèvent à 555 000 m3/jour, la station d’El Mactaa est dotée d’une capacité globale pouvant aller jusqu’à 500 000 m3/j mais elle ne produit réellement que des quantités situées entre 300 000 et 380 000 m3/j. A cela il faudra ajouter la station Kahrama, implantée à Bethioua, d’une capacité de 60 000 m3/j ainsi que celle de Chatt El Hilal à Beni Saf, dans la wilaya de Aïn Témouchent, d’une capacité de 200 000 m3/j qui alimente également Oran.

La station Kahrama qui, comme son nom l’indique, produit également de l’électricité, mise en fonction au milieu de la décennie 2000, devait également sécuriser les besoins de la zone industrielle d’Arzew. Mise en avant depuis longtemps, notamment durant la décennie 1990, l’idée de recourir au dessalement de l’eau de mer n’a pas été accueillie de manière unanime par les professionnels du secteur à l’époque, à cause justement de la dépendance à une technologie qui vient de l’étranger.

La wilaya d’Oran ne dispose pas de barrages et ses ressources naturelles propres ne représentent aujourd’hui que 2%, concentrées dans la station de Bredeah ainsi que quelques puits et forages. Pour alimenter notamment son chef-lieu, qui n’a pas cessé de prendre de l’ampleur, y compris durant la période coloniale, on a dû compter sur les réserves provenant des régions voisines, à commencer par la partie ouest où des investissements ont été consentis pour l’adduction d’eau à partir des wilayas de Tlemcen ou de Aïn Témouchent. A un moment, on s’est rendu compte que les réserves étaient plus importantes du côté est, mais que les capacités de transport n’étaient pas très développées. On a donc investi dans les capacités de transport côté est pour ramener de l’eau à partir des barrages situés dans cette zone. Aujourd’hui, du côté ouest, les eaux superficielles proviennent de l’oued Tafna (Aïn Témouchent) et le cratère de Dzioua.

C’est, précise-t-on, un bassin «inter-saisonnier» de 13 millions de mètres cubes de capacité, dont les resserves dépendent évidemment de la pluviométrie, particulièrement en déficit cette année, comme le constate une employée du secteur ayant participé à une journée de visite de sensibilisation autour de la nécessité de l’économie de l’eau. Celui-ci est rempli à partir des oueds, sinon on procède à des lâchers à partir du barrage Boughrara, indique-t-on également. Du côté est, l’eau provient du barrage Chelif, de Kerrada dans la wilaya de Mostaganem, mais on recourt parfois au barrage Gargar pour des apports supplémentaires.

Ce système d’adduction dénommé MAO a été entrepris, grosso modo, en même temps que les stations de dessalement grâce à l’embellie financière d’avant la crise pétrolière, ce qui a permis à Oran de passer d’une ville qui a pendant des années réellement souffert du manque d’eau, à une ville où pendant des années l’eau coulait en H24. Un changement du tout au tout. Les eaux superficielles n’alimentent Oran qu’à hauteur de 28%, mais cet apport contribue largement au confort lié à la disponibilité de l’eau dans les robinets. Malheureusement, la baisse de la pluviométrie, et c’est le cas cette année même si l’espoir reste permis avant l’été, affecte cette disponibilité à profusion.

Selon les informations rapportées auprès des officiels qui ont eu à s’exprimer sur le sujet, le taux de remplissage des barrages est particulièrement bas, avec des déficits évalués à plus de 50% fin décembre 2020. Si Oran ne devait dépendre que des eaux superficielles, la situation serait catastrophique, admet-on à ce sujet. «Il faut cependant prendre en considération le fait que la gestion de l’eau soit intégrée dans une vision globale pour le pays et à l’échelle régionale», rappelle un cadre de l’Agence du bassin hydrographique (ABH) Chott Echergui, dont le siège est situé depuis un an à Belgayed, la nouvelle zone urbaine située à l’est d’Oran.

Le bassin en question englobe 9 wilayas de l’ouest du pays, dont 5 intégrées en totalité (Oran, Aïn Témouchent, Sidi Bel Abbès, Tlemcen et Saïda) et 6 autres partiellement (El Bayadh, Laghouat, Mostaganem, Naama, Mascara et Tiaret). Ici, on se garde de donner les chiffres précis sur la situation des barrages, mais on annonce que des réunions du comité du bassin se tiendront (habituellement deux fois par an) pour, entre autres, centraliser les informations et examiner les plans de gestion des ressources en eau mobilisées, en particulier les barrages en situation de déficits d’apports naturels nécessitant des arbitrages d’affectation entre les différents usages, et qui seront soumises aux autorités avant de décider de la répartition en fonction de la disponibilité de toutes les ressources et des besoins exprimés par chaque wilaya.

A titre indicatif, pour ce qui est des usages, les apports en ressources non conventionnelles que produisent les stations de dessalement permettent de conserver des quantités supplémentaires provenant des ressources naturelles pour les affecter à l’irrigation. Ces quantités dépendront elles aussi des aléas climatiques liés à la pluviométrie et au remplissage des barrages.

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