vendredi 25 juin 2021

Abdelhak Layada, l’ex-chef du GIA, et ses enfants devant le tribunal criminel

Poursuivi pour «enlèvement, séquestration et torture», l’ancien chef du Groupe islamiste armé (GIA), la sinistre organisation terroriste qui avait commis les plus effroyables crimes durant les années 1990, et un de ses deux membres fondateurs encore vivants, Abdelhak Layada, a comparu hier devant le tribunal criminel de Dar El Beïda, à Alger, mais son procès a été renvoyé à la prochaine session.

La salle n° 1 du tribunal criminel de Dar El Beïda a ouvert l’audience de la journée d’hier par une affaire pas du tout ordinaire aussi bien pour les faits reprochés que pour les noms des cinq accusés.

A la tête de ces derniers, Abdelhak Layada, plus connu sous le pseudonyme de Abou Adlène, le tôlier de Baraki, premier émir du GIA, groupe terroriste dont il est un des membres (sur huit) fondateurs, condamné à mort en juin 1994, puis libéré au mois de mars 2006, dans le cadre de la charte pour la réconciliation nationale, promulguée par le président déchu, Abdelaziz Bouteflika.

Il répond présent à la salle et s’avance avec son habituel kamis (gandoura) gris, entouré de ses deux enfants, Adlène et Lamine, ainsi que son neveu Sofiane Layada, alors que sa nièce Samia Layada est absente.

A l’exception de cette dernière, accusée de complicité, les trois premiers comparaissent pour de lourds chefs d’accusation : enlèvement, séquestration et torture, pour lesquels ils ont été déférés devant le tribunal criminel.

Les faits remontent au mois d’août… 2012, lorsqu’un réparateur informatique, possédant un local non loin du quartier où réside Layada, à Baraki, s’est présenté aux services de police pour déposer plainte contre Layada, ses deux enfants et ses deux neveux, les accusant de l’avoir enlevé, attaché, séquestré dans une casemate à Baraki, et affreusement torturé, évoquant «des traumatismes» et de «lourdes séquelles».

Durant l’enquête judiciaire, le plaignant cite des témoins à charge, mais Layada et les membres de sa famille nient catégoriquement. Ils expliquent lui avoir remis des micro-ordinateurs pour la revente, mais il n’a pas voulu leur remettre ni l’argent ni les micros.

Les déclarations des témoins à charge vont affaiblir les moyens de défense de la famille Layada, qui se retrouve au box des accusés, sans pour autant que le juge ordonne la détention, surtout que le parquet n’en a pas fait la demande.

Après une instruction de près de trois ans, l’arrêt de la chambre d’accusation confirme les conclusions du magistrat instructeur, vers la fin septembre 2015. Il fait l’objet d’un pourvoi en cassation devant la Cour suprême introduit par la défense de Layada. Débouté, ce dernier ainsi que les quatre membres de sa famille sont renvoyés devant le tribunal criminel de Dar El Beïda pour être jugés au début de l’année en cours. Dès son ouverture, le procès est renvoyé à la date du 7 juin, coïncidant avec la journée d’hier.

Dès le début de l’audience et l’appel des parties, la défense des accusés réclame, encore une fois, le report de l’affaire en raison de l’absence de Samia Layada, la nièce de Abdelhak. «L’accusée est bloquée à l’étranger en raison de la crise sanitaire. Elle ne peut pas venir pour l’instant. Elle le fera une fois que la situation le permettra.» Le président se tourne vers le représentant du ministère public, qui demande «l’application de la loi».

Renvoi à la prochaine session criminelle

Le juge décide alors de renvoyer le procès à la prochaine session criminelle, prévue généralement vers la fin septembre. Il faut dire que Abdelhak Layada est un nom ancré dans la mémoire collective de ceux qui ont vécu les horreurs des années 1990.

Dès la fin des années 1980 et le début des années 1990, Layada le «tôlier» s’est enrôlé dans les rangs du groupe terroriste Mouvement islamique armé (MIA), alors dirigé par Abdelkader Chebouti, et active notamment à Alger et sa périphérie sud-est. En août 1992, avec sept autres chefs terroristes qui ont pris part à une réunion à Baraki, il crée le GIA, dont il est le premier émir.

En juin 1993, alors qu’il se trouvait au Maroc pour une transaction d’armes destinées aux groupes terroristes, il est arrêté par les services marocains, puis livré à l’Algérie trois mois plus tard, pour être jugé pour «atteinte à la sûreté de l’Etat», «homicides volontaires avec préméditation», «guet-apens» et «non-dénonciation de criminels», puis condamné en juin 1994 à la peine de mort. Il sera jugé également pour l’assassinat de Tahar Djaout, le 26 mai 1993, revendiqué par le GIA (lequel avait condamné à mort tous les professionnels des médias), mais la Cour spéciale d’Alger l’a acquitté parce qu’au moment des faits, il se trouvait au Maroc.

Détenu à la prison de Serkadji, il sera libéré le 12 mars 2006, à la faveur de la charte sur la réconciliation et la paix. Depuis, il ne se fera pas discret, puisqu’il apparaît souvent en compagnie de Ali Benhadj et de certains anciens dirigeants du parti dissous, alors que lui-même les avait dénoncés lors de son procès au tribunal criminel d’Alger, les qualifiant d’opportunistes et les accusant d’avoir volé les fonds destinés aux groupes terroristes.

Son procès pour des faits de «séquestration, de torture et d’enlèvement» est une première, sachant que son statut d’élargi, en vertu de la charte de la réconciliation, lui prodiguait jusque-là l’impunité. 

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